J'avais lu il y a deux ans la trilogie de KatherinPancolLes yeux jaunes des crocodilesLa valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

croco

 

J'avais adoré les personnages, notamment l'héroïne ou anti-héroïne Joséphine Cortès. J'avais aimé l'imbrication de toutes les histoires. Je me souviens de ces instants de lecture dans ma voiture entre midi et deux. Epoque où je fuyais la salle des profs car l'entente avec les collègues n'était pas au beau fixe. Il faut dire que l'équipe de Lettres était tout sauf accueillante. Plutôt que de rester avec des gens qui m'ignoraient, je me faisais des petites escapades-lectures, seule, tranquille. Je n'avais qu'une hâte chaque matin: que la sonnerie de midi retentisse pour continuer la saga Pancol.

J'en ai brièvement parlé sur le blog ici mais il n'y a pas eu de véritable article dans la mesure où le blog n'était pas né quand j'ai commencé (et fini) cette trilogie.

 

Les yeux jaunes des crocodiles.

 

Et puis est venu le film. Je ne vais jamais au cinéma ( la dernière séance doit remonter à 2006 avec Jérusalem d'Elie Chouraqui avec un certain Patrick B.)

Mon envie de voir ce film était multiplement motivé:

- J'avais adoré le roman. 

- Il y a Patrick Bruel: même si ses talents d'acteur se sont amoindris ces dix dernières années, je n'aime pas forcément louper ses apparitions, quelles qu'elles soient.

 

- Il y a Julie Depardieu que j'admire. C'est une des meilleures actrices de ces quinze dernières années. 

 

Petite digression sur Julie Depardieu...Je la trouve tellement exceptionnelle et touchante. J'aime beaucoup aussi la femme qu'elle est: gauche, maladroite, sensible, timide, assez barge... Au lycée, je m'étais aperçue justement que l'image que pouvait renvoyer Julie Depardieu me faisait un peu penser à moi. Du coup, cela m'a rassurée. J'avais peur que ma timidité maladive, ma gaucherie handicapante me fassent rater ma vie. La voir, elle, se dépatouiller comme elle pouvait dans les interviews, assumer ses maladresses, ses angoisses et ses quelques étrangetés, et observer que les gens la respectaient en dépit de tout cela, et bien, je me suis sentie plutôt sereine. On vit dans une société où il faut faire sa place au soleil, parler fort, être sûr de soi et quand on n'a pas tout cela, on nous fait vite comprendre qu'on nous laminera. Je crois que Julie Depardieu m'a permis de relativiser tout cela à la fin de mes années-lycée. J'ai ensuite beaucoup suivi ce qu'elle avait fait. Je ne rate aucun de ses films.

Voilà pour l'intro très longue, très psychanalytique et autocentrée.

Revenons au film.

 

J'ai autant adoré le roman que le film qui n'a fait qu'une seule entorse: la couleur de cheveux d'Iris (la soeur de Joséphine) qui dans le bouquin est une brune ténébreuse et dans le film, est blonde; et magistralement servie par Emmanuelle Béart -que j'aime beaucoup.

 

L'histoire se centre d'abord sur deux soeurs: Iris et Joséphine diamétralement opposées. Gravitent autour de ces deux noyaux une ribambelle de personnages (amis, famille...) qui se retrouvent avec des vies ordinaires mais complexes. Le film donne une place majeure aux deux soeurs alors que le roman accorde des instants précis et précieux aux personnages dits secondaires. Iris et Joséphine ont deux personnalités complètement opposées: l'une est riche, superficielle et aime se montrer; l'autre est profonde, timide, gauche; moins on la voit, mieux elle se porte. 

 

Iris passe son temps à démonter sa soeur en se moquant d'elle jusqu'à ce qu'elle ait besoin de la pauvre Joséphine bousillée par la mère et la soeur, qui a oublié d'apprendre à dire "non". Iris cherche à avoir les projecteurs, les yeux braqués sur elle alors pour se "faire mousser", elle dit qu'elle écrit un livre sur la femme marchande au moyen-âge. Pourquoi ce thème? Tout simplement parce que sa soeur, Joséphine, chercheuse au CNRS, fait des recherches sur le sujet. 

De fil en aiguille, de mensonges en mystification, Iris est prise au piège: un éditeur veut la signer mais elle n'a rien écrit alors elle demande à sa soeur d'écrire pour elle. Le roman a un succès: tout le monde est content... Iris brille, elle est convoitée, invitée, montrée, honorée; Joséphine est comblée car son talent semble flatté: elle comprend qu'elle est douée; elle est riche puisque sa soeur la rémunère pour son travail de nègre. Mais, tout cela n'est qu'apparences. En profondeur, la nature des relations entre ces êtres va se dégrader, des situations vont tourner à l'avantage de certains, au désavantage d'autres. Et puis, quelques cataclysmes et des rebondissements viennent tacher le bonheur éphémère et ponctuel de tous les protagonistes...

LES YEUX JAUNES DES CROCODILES Bande Annonce (2014)

 

Ce film, outre le fait qu'il serve à merveille l'histoire de Katherine Pancol, m'a rendu mon Patrick comme je l'aimais. Alleluïa, après une série de films, où je trouvais que mon Patou d'amour n'était plus à la hauteur et avait perdu de sa superbe, dans Les yeux jaunes des crocodiles, je le trouve très bon. J'ai retrouvé mon idole de toujours, mon comédien adoré, mon artiste idolâtré.

 

Les scènes sont orchestrées avec un réalisme parfait. Tous les acteurs, sans exception, jouent à merveille: oui, il y a de très grands noms: Julie Depardieu, Emmanuelle Béart, Patrick Bruel, Jacques Weber mais les seconds rôles ne sont absolument pas en perdition: que ce soit Shirley (Nancy Tate), Hortense (Alice Isaaz) et les autres.

 

Je conseille vraiment ce film de Cécile Télerman qui dure deux heures. Sachant qu'au-delà de 90minutes, je m'ennuie, je tourne, je vire, j'attends la fin... Là, quand le générique s'est mies en marche, je me suis dit: "déjà?" Lorsque je tiens plus d'une heure et demie devant un film sans trépigner d'imaptience, c'est que c'est un gage de bonne qualité.