[Republication]

Ihara Saikaku (1642-1693)

Ihara Saikaku est un auteur japonais issu d'une famille de commerçants d'Osaka. Ses œuvres sont surtout des fables, des contes et des histoires populaires qui représentent la société de l'époque. Il traite beaucoup des conventions sociales et conjugales (fidélité, hypocrisie, mensonges, adultères châtiés...)

 Histoire du tonnelier tombé amoureux.

L'histoire du tonnelier tombé amoureux est un récit d'amour arrangé entre un tonnelier et la servante d'une maison voisine. Lors d'une "fête" locale, chaque habitant doit nettoyer son puits. Le tonnelier retire du sien un grand lézard d'eau. La vieille Kosan qui l'accompagne lui dit qu'en faisant une incantation et en exécutant un rite autour de la bestiole, elle peut faire tomber amoureux les gens. Cette révélation engendre donc la confidence amoureuse du tonnelier qui avoue son amour pour la jeune et belle O-Sen. Il demande donc à Kosan de faire opérer la magie.

 

La vieille se joue alors de la naïveté et de la crédulité du jeune tonnelier et à défaut d'avoir des pouvoirs magiques, elle est extrêmement stratège... Elle fait en sorte de tomber malade et de faire un malaise juste devant la maison où travaille O-Sen. Cette jeune ingénue la recueille, la soigne. Et la vieille Kosan met son plan à exécution: elle dévoile ainsi à la jeune femme les sentiments de son admirateur secret. Et O-Sen tombe sous le charme de ce jeune homme sans l'avoir vu, en ne sachant de lui que ce que la vieille Kosan a bien voulu en dire.

 S'ensuit un voyage initiatique au cours duquel O-Sen et le jeune tonnelier vont se retrouver et se découvrir. 

                                                        

Comme c'est une nouvelle, je n'ai pas très envie de dévoiler la suite...

 

Ce récit d'Ihara Saikaku qui prend l'apparence d'un conte permet d'amuser le lecteur grâce aux personnages naïfs, purs, et parfois grotesques. Mais derrière ce divertissement apparent, il y a une vision assez critique de cette société japonaise du XVII° très rigide et intraitable sur les conventions sociales et les traditions. Saikaku met en valeur l'extrême pudibonderie et la mentalité étriquée de l'époque en ce qui concerne le mariage considéré comme le sacrement suprême où la pureté des deux époux ajoute une plus-value à la sacralisation de l’événement et de l'humain.

Le style de Saikaku est très épuré, très poétique, et concentre toute la délicatesse et la subtilité propres aux auteurs asiatiques et particulièrement nippons. J'avais déjà repéré cette élégance typiquement japonaise chez Tanizaki.

Même les actes sexuels sont joliment décrits alors que certains auteurs, lorsqu'ils parlent de sexe, deviennent graveleux, grivois, vulgaires, les japonais, quant à eux, en parlent d'une façon très douce et très lisse. C'est ce que j'aime dans cette littérature: on ne dévoile rien du corps, on gomme ce qui est gênant, on met des voiles sur ce qui pourrait être impudique, on purifie ce qui pourrait être considéré comme sale.

Le mot d'ordre: on n'offense pas, on n'attente pas à la pudeur, on protège la candeur et la pureté de chaque lecteur.