enfance

 

Guérir son enfant intérieur est un livre  tout à fait intéressant, qui sort des sentiers battus de la merde habituelle courante en matière de développement personnel, et qui a été écrit par Moussa  Nabati.

C'est dans une émission de radio qu'Emmanuel Moire avait donné ce titre. Je l'avais gardé en mémoire mais je n'avais jamais passé le pas de l'achat.

 

oursEt puis, depuis quelques mois entre deux cauchemars sur Auschwitz, les S.S et Himmler, je fais des cauchemars ridicules. Je sens qu'on va se payer ma tête mais j'assume... Quand ce ne sont pas les fantômes ou les momies, ce sont les monstres (ours, dinosaures, crocodiles...) et quand ce ne sont pas les monstres, ce sont les pirates. Une fois, ça va; quand cela revient plusieurs fois par semaine, je me dis qu'il y a un problème. J'ai donc mis mes méninges et mes facultés d'analyses à contribution. Je viens d'avoir trente ans et je fais encore des rêves d'enfants. J'ai rapidement conclu que le problème venait sûrement de l'enfant qui vivait en moi. Même avant de prendre connaissance du bouquin de Moussa Nabati, je considérais effectivement la dualité possible de l'enfant et de l'adulte. Et je me suis rappelé du bouquin dont Emmanuel Moire avait parlé. Je l'ai acheté et je l'ai lu d'un trait.

 

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Ce livre explique bien tout le mécanisme et la contiguïté de l'enfant et de l'adulte. Les problèmes qui surviennent à l'âge adulte trouvent  leur source dans une malformation de l'enfance.

J'ai donc commencé à réfléchir à mon enfance, sans heurts, sans soucis, tendre et douce. Mais, j'ai soulevé quelques "hic" qui expliqueraient le retour inconscient de l'enfant que j'étais alors que je viens de me prendre dans la tronche 30 ans. Cette peur des trente ans est peut-être largement liée à cet enfant perdu qui revient "sous les traits d'un fantôme" (hypothèse que pose le livre).

 

"tout ce qui n'a pas été normalement vécu, qui a subi brutalement un avortement, un arrêt, se transforme en fantôme errant et percuteur au lieu de servir d'ange gardien protecteur."

 

  1. Je me souviens que lorsque j'étais gamine, j'avais hâte de grandir. Je voulais faire des choses de "grandes", je ne voulais plus qu'on me prenne pour une petite fille, pour une enfant. J'ai arrêté de m'amuser très tôt. En CE1, j'avais troqué Barbie contre des livres et des jeux instructifs. Comme, je me considérais comme une petite grosse, affreuse, je compensais l'ingratitude de mon physique par un savoir. Je comblais comme je pouvais. Je me souviens que je prenais les cartes du trivial Pursuit et que je me faisais des auto-interrogations. J'avais à peine 10 ans. Je ne lisais pas beaucoup de livres pour enfants mais des romans d'adultes. A 11 ans, j'avais lu L'herbe bleue et Christiane F, droguée, prostituée. Sans faire de la psychologie de bazar, j'ai amputé mon enfance à coups de maturité. Et je le paie aujourd'hui.
  2. Finalement, quand je replace les éléments bout à bout, je me rends compte que l'atmosphère familiale m'a un peu conditionnée. Ma grande soeur, de 5 ans mon aînée, a toujours voulu briller et pour ce faire, elle passait son temps à m'humilier et à me rabaisser. Elle se moquait de mon côté "intello" et de mon excès de sérieux. J'ai dû porter sur mes épaules toutes ses frasques (joints, bitures, confidences de lycéennes peu chastes...) et j'avais pour interdiction de le répéter à mes parents sinon elle me menaçait de se suicider. Par peur, je n'ai jamais rien dit. C'était surtout pour me mettre dans l'embarras et pour me terroriser. A 13 ans, je faisais même ses exercices de philo (à partir d'un mot, il fallait dire tout ce qui nous venait par la tête. Forcément, moi qui adorais les rédactions et l'expression écrite, j'en rafolais.) Elle ne me disait pas que c'étaient ses devoirs à faire; elle me disait: "tu veux t'amuser?" Et elle m'expliquait que le prof leur donnait ce genre d'exercices et me proposait d'essayer. J'étais son nègre et je ne le savais pas. Elle est aussi en partie responsable de mon enfance avortée.
  3. J'étais très mature pour mon âge et en même temps, c'était le seul moyen que j'avais pour me "faire une place au soleil" face à cette soeur qui prenait toute la place. Ma mère mettait en avant mon sérieux. Du coup, j'en jouais pas mal. J'aimais bien qu'on me considère comme une deuxième "petite maman" pour ma petite soeur.

 

Maintenant que j'ai compris d'où venait le problème, il faut que je soigne la petite Aude d'à peine 10 ans... Parce que c'est elle qui aujourd'hui me pose problème.

 

Reprenons la période Barbie...

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  1. Si à 8 ans, j'avais continué de jouer, je n'en serais pas à ce désastre sentimental. Tout vient de là aussi... Avant que je range définitivement Barbie, je construisais beaucoup d'histoires. Ken se faisait enlever et c'est Barbie (qui bossait en tant que détective privé) qui réussissait à sauver son homme. La féministe en herbe. J'en inventais des histoires. Et quand Ken comptait emménager dans l'appart de Barbie, je recommençais l'histoire à zéro parce que je ne trouvais plus cela très intéressant. 

Il faut vraiment soigner cette part d'enfance parce qu'aujourd'hui, j'ai beaucoup de mal avec l'engagement. Dès que tout devient sérieux, dès que je me sens "un peu enfermée dans une case/dans une situation", je fuis. Comme quoi nos jeux ne sont pas si anodins...


2.De même, j'ai rapidement arrêté les Walt Disney. A 9ans, je n'y croyais plus. Les Cendrillon, Aurore, Blanche-Neige et autres princesses me saoulaient plus qu'autre chose. La seule qui trouvait grâce à mes yeux, c'était Alice (rêveuse, curieuse...). Et l'autre personnage qui me fascinait, c'était la Fée Clochette (amoureuse désespérée du séducteur Peter Pan, muette, minuscule). 

Ce livre a ouvert pas mal de portes. Il n'a rien résolu puisque c'est à moi de faire ce travail. Mais, au moins il m'a mise sur les pistes à suivre, et a permis de m'expliquer certains phénomènes. 

  1. Il y a encore une dizaine d'années, j'étais un vrai petit soldat. Je n'aimais pas être en situation de faiblesse. J'étais forte. Stoïque à toute épreuve. Et à un moment donné, j'ai été fragilisée. J'ai toujours pensé que c'étaient les expériences douloureuses qui avaient fissuré ma personnalité alors qu'en fait Moussa Nabati me montre que ce n'est pas la vraie raison. Le problème, c'est le surgissement inopiné de l'enfant fragile et vulnérable qui se manifeste de plus en plus au fil du temps.
  2. Moussa Nabati explique aussi les raison de l'anorexie qui n'est pas forcément toujours liée à la mode de la maigreur. J'ai connu quelques troubles alimentaires. Vouloir accéder à la maigreur, c'est revenir au corps d'enfant. Et, à un moment donné, je voulais devenir comme Jenifer (la chanteuse) parce que justement, je la trouvais toute menue, toute mimi; et j'avais trouvé sa transformation bluffante et inspirante. Outre l'aspect esthétique de cette minceur, je viens de comprendre que je recherchais ce côté "à protéger"... 

  3. Un jour, quelqu'un m'a dit: "tu es trop mimi pour qu'on ait envie de te faire du mal". J'ai adoré cette phrase parce qu'il anéantissait mon coté dur et trop masculin et me collait une étiquette "Fragile, à manier avec précaution". Et j'ai adoré cet autocollant posé sur mon front, sans savoir vraiment pourquoi. Et là, je viens de piger que c'est la gamine qui revient et qui est en train d'anéantir la trentenaire. Il faut que je la remette à sa place celle-ci sinon elle va vraiment me pourrir la vie!
  4. J'ai un côté très glacial, très "porte de prison", mais dès que quelqu'un me manifeste une bienveillance, je fonds littéralement. Que ce soit dans mes relations personnelles et professionnelles. Lors de ma première année dans l'enseignement, certains de mes collègues (surtout masculins) avaient cette tendance à la surprotection et franchement, c'était agréable. Chaque année, il y a ce genre de collègues: bienveillants, hyper-protecteurs. J'adore ça; alors qu'à l'origine, je détestais ce genre d'attitude. Je collectionnais les conflits avec les hommes. J'étais toujours dans la confrontation, le bras de fer avec la gent masculine pour prouver que j'étais supérieure à tous ces mâles dominants. Plus je vieillis, plus je me recroqueville. 

 

 

 

Ce livre évoque aussi les manques, les absences qu'on a ressenties pendant l'enfance et qu'on recherche à l'âge adulte. De quoi ai-je manqué plus jeune? La réponse est assez rapide et évidente: un frère. Soit plus vieux que moi, ainsi il m'aurait protégé des attaques et de la malveillance de ma grande soeur. Soit un jumeau.  Mais mes parents ont été incapables de faire un garçon. Ils m'ont refilé une grande soeur castratrice et dévoratrice et une petite soeur chouchoutée (petite dernière oblige). Je n'ai pas été malheureuse pour autant. Juste insatisfaite. Je les aurais bien échangées ces deux-là contre toute une fratrie.

Si je regarde bien les hommes qui sont passée dans ma vie. Et bien, (hormis mon prof de Français au collège dont j'étais éperdument amoureuse... c'est peut-être pour cela que je suis prof de Français à mon tour...), je remarque bien des hommes légèrement plus âgés que ma grande soeur ou bien des doubles de moi-même. Tout s'explique. 

"Il est certain que plus on vieillit et plus, en découvrant son enfant intérieur, on se rapproche de son enfance, notamment lorsque celle-ci a été difficile et donc n'a pas été vécue pleinement, en son lieu et temps, mais a été avortée, manquée, sautée, blanche."


Finalement, la peur de le trentaine que j'exprimais avant de les avoir s'explique par cette inadéquation entre l'enfant et l'adulte. Pour être bien, nous devons vivre en harmonie. En vieillissant, je perds ma part d'enfance tronquée. Et je vacille entre un âge assez important, mon physique de jeunette (ma petite taille et mon côté gamine mal assurée et timide y sont pour quelque choseet mon âme de fillette vulnérableIl faut que je nous rassemble pour être enfin épanouie. 

 

Je viens de réaliser, grâce à ce livre, la raison pour laquelle je ne voulais pas d'enfants. Je crois que ce bouquin vient de répondre à une question qui était insondable.

 "Plus on remplit son vide, plus il s'élargit. Il est impossible de se guérir par la violence u la force. Le fantôme n'est pas soluble dans l'alcool."

 Quand je picole, c'est donc l'enfant qui vomit... et non mon foie qui sature! 

"Ainsi, retrouver son enfant intérieur, le réintégrer dans la mosaïque multicolore de l'identité plurielle en instaurant avec lui un dialogue silencieux, permet de devenir enfin adulte, autonome, libéré du fantôme, afin de réussir le jonglage acrobatique avec les deux principes opposés de plaisir et de réalité."

Cela veut dire quoi? Quand je vais faire les courses, est-ce que je dois laisser la fillette dans la voiture ou bien la faire venir avec moi et lui acheter du Babybel, des schtroumpfs, du Candy UP, des Kinder Surprise, des fraises Tagada et des Coqueline 3 chatons ? Ce sont ses pêchés mignons. 

 

Je recommande ce livre. Vraiment. Ce n'est pas un bouquin insipide et commercial. Il y a une vraie réflexion et outre les exemples cliniques réels des patients du thérapeute, il y a de nombreuses références littéraires et mythologiques. Les deux interagissent et s’éclairent: notre psychisme est analysé à la lumière de la littérature et, de la même façon, les oeuvres littéraires s'expliquent grâce à la psychologie et à la psychanalyse (Docteur Jekyll et Mister Hyde, Doran Gray, le fantastique en littérature...)

 

"Le mot "panique" provient du mythe de Pan. Dieu grec inventeur de la flûte portant son nom, il était le protecteur des troupeau et des berger, des pâturages et des bois.[...]" 


Chaque référence et chaque notion sont clairement expliquées. C'est un bouquin intelligent qui n'a rien à voir avec les merdes du genre "en finir avec le pessimisme""faites entrer le bonheur chez vous", ou comme un ebook gratuit que j'ai lu récemment: "Reprogrammez-vous avec le subliminal visuel" d'Erica Guilane-Nachez qui est juste une thérapeute qui passe son temps à répéter des lapalissades et à soigner ses patients avec des dvds du type "reprenez confiance en vous", etc etc. Ce livre, c'est du n'importe quoi et la nana n'est pas très calée puisqu'elle confond inconscient et subconscient...

Il faut se méfier de certains marchands d'optimisme et garants de miracles.

 

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Validé par mon Manu d'amour. Et revalidé par Moi et la petite Moi, Guérir son enfant intérieur de Moussa Nabati est à lire.