temps

 

Encore une lecture sur la fugacité de notre passage sur terre, et bien sûr sur les différents temps morts, les pauses que les contemplatifs s'octroient... Je vais donc, une fois encore parler de Philippe Delerm.

A ma décharge, c'était un achat rapide, juste histoire de faire de la monnaie pour l'horodateur. Autant lier l'utile à l'agréable. Quand je suis tombée sur un des rares bouquins de Delerm que je n'avais pas (encore), c'était une évidence: il fallait le prendre.

 " [...] au fond la trame de la vie c'est ça, tous ces messages qui n'en étaient pas, qui nous viennent d'autres vies, avec toujours en contrepoint la mélancolie légère de ne pas savoir ce qu'on aura laissé soi-même. Sans doute trois fois rien, le sillage blanc d'un avion qui passe dans le ciel, la perfection du soir va le dissoudre."

Traces a été réalisé en collaboration avec Martine Delerm et est une continuité du livre précédent Paris l'instantMadame Delerm prend des clichés de Paris qui ne sont pour le coup absolument pas "clichés". Ce sont des moments saisis dans toute leur spontanéité, et dans toute la splendeur de l'instantanéité. A ces photographies, s'ajoutent les jolis textes de Monsieur Delerm.

 

Si Paris l'instant s'attachait à prendre les instants à un moment précis, Traces représente surtout les marques permanentes laissées par l'éphémère chez celui qui sait contempler le monde. Pour garder une trace des choses, il faut savoir les regarder et prendre le temps d'observer ce qui est voué à disparaître. Je suis assez angoissée par cette thématique de la disparition, l'éphémère me fait peur. Ce livre ne m'a pas enlevé mes craintes du temps qui passe sur lequel je n'ai aucune emprise mais il m'a réconforté dans la mesure où j'aime parfois me poser pour ne rien faire et il a "légitimé" en quelques sortes ces temps de vacuité volontaire au cours desquels paradoxalement je prends davantage conscience de mon existence; du bonheur d'être en vie. 

 

Certains, pour profiter pleinement de l'existence, s'efforcent de blinder leurs plannings, de faire mille activités. Moi, j'ai juste besoin de n'en faire aucune. Juste regarderRegarder les gens. Regarder les éléments qui m'entourent. Regarder le ciel ou le pavé.

 "On sait bien que ces signes sont sans doute l'équivalent de ceux que nous pouvons déchiffrer, mais ils nous semblent dépasser leur pouvoir de signification pour atteindre le mystère de nos renoncements. [...] La ville ne sera jamais réellement pénétrée, conquise. Nous n'en apprivoisons que l'apparence des contours. Il reste toujours en nous, comme un idéogramme chinois, le rêve sourd que nous ne savons formuler."

Cette oeuvre n'est pas sans rappeler la cganson de Benjamin Biolay: Les Cerfs-volants qu'il a réinterprétée avec le fiston Delerm...

Les cerfs-volants Delerme et Biolay à la Cigale