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J'adore les Delerm. Le père, comme le fils. Je les aime; "c'est le syndrome de Phèdre". Enfin, un syndrome virtuel car il va sans dire que je n'ai jamais rencontré ni l'un ni l'autre.

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Quand j'ai appris que Philippe Delerm sortait un nouveau livre, je me suis comportée comme une gamine hystérique qui a trouvé le pokemon le plus rare. Quand j'ai découvert la date de la sortie, je me suis transformée en Jack Bauer, en Ethan Hunt (sauf que ma mission était plus que possible puisque j'ai une librairie à moins de 3 minutes à pied). Bref, quand j'ai franchi le seuil de la librairie, je me suis comportée comme une cliente lambda. Une fois revenue chez moi, j'ai essayé de ne pas me métamorphoser en Terminator de la lecture et ai décidé de savourer ce "journal".

"Quand j'écris Autumn, je fais revivre l'illusion d'un temps pasé, des idées me devancent, mes mots cherchent à rattraper ce que je voudrais faire revivre, recréer. [...] aujourd'hui, j'écris peut-être Autumn pour l'infini plaisir de saupoudrer d'Angleterre passée mon bonheur de vivre aujourd'hui, d'écrire ce Journal où les mots savent attendre."

1311162-Marcel_ProustJournal d'un homme heureux est un journal intime écrit sur un tout petit peu plus d'une année par mon Philippe adoré. Dans les années 88/89. Il a tenu ce journal parallèlement à l'écriture de son roman Autumn. Philippe Delerm ne nous livre pas seulement son journal mais il nous offre par intermittence son point de vue actuel, ses commentaires à rebours sur son âge d'or. On a tous une période comme ça que l'on place plus haut que toutes les autres, qu'on aimerait revivre à l'infini puisque c'était ça le bonheur, le paradis. Et comme l'a si bien dit Proust"les vrais paradis sont les paradis qu'on a perdus"; citation qui fait écho à la magnifique phrase de Philippe Delerm que j'ai surlignée dans son recueil Le bonheur. Tableaux et bavardages  et qu'il reprend dans son Journal d'un homme heureux: "Le bonheur, c'est d'avoir quelqu'un à perdre".

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Que puis-je ajouter à cela? Qu'est-ce que je vais pouvoir sortir comme citation pour apporter ma pierre à l'édifice... "Vous avez raison, les gars!" Ça fait une p***** de citation, ça. Je ne suis pas peu fière de ma trouvaille. 

Tout cela pour dire que j'ai toujours cette impression que Philippe Delerm et moi soyons faits de la même pâte: je me retrouve dans chacun de ses livres malgré notre différence d'âge. Nous aimons Proust et la nostalgie, Apollinaire et le lyrisme, la première gorgée de bière et les eaux troubles du mojito (ça, c'est juste pour le clin d'oeil même si j'avoue que la bière et le mojito sont mes boissons estivales...)Profs de lettres, chacun à une extrémité de la carrière. Nous aimons la vie intime: il lit les journaux de romanciers, je lis les correspondances des romanciers. Je le lis comme il lit Léautaud (à qui il a rendu hommage dans Maintenant, foutez-moi la paix!): avec plaisir et délectation. Nous aimons la grammaire, le pouvoir et "le goût des mots".

"Les mots peuvent tout devenir."

Ce que j'ai aimé dans ce journal, ce sont les anecdotes sur sa famille, sur des moments de vie qu'il nous partage. J'ai l'impression de revivre mon enfance lorsque ma grand-mère nous racontait ses souvenirs (heureux ou tristes). Philippe Delerm est un vrai raconteur d'histoires... mais un narrateur d'histoires vraies. Avec ce Journal, on a l'impression de vivre avec Philippe Delerm son quotidien de ces années 88/89; on a la sensation de regarder du dehors ce qu'il se passe au dedans. En lisant ce livre, j'avais l'impression d'espionner par le trou d'une serrure ou à travers les carreaux d'une fenêtre, la famille Delerm. J'ai découvert Vincent -mon idole d'adolescente- enfant. Je l'ai vu faire ses leçons, jouer au foot, et pleurer, moi qui ne l'ai vu et entendu que chanter. Est-ce que ces moments m'auraient autant fascinée si je n'étais pas fan de Vincent Delerm? Je ne saurais le dire.

 

GlacesJ'aime Philippe Delerm. J'aime sa simplicité, son regard sensible et sincère sur les choses, la vie. Mais, nous ne sommes pas de la même saison. C'est un homme d'automne, je suis la fille de l'été. Je préfère les glaces à l'italienne aux pommes amères, la brûlure du soleil au vent glacial, l'odeur du sable chaud et du monoï à celle de la soupe et de la moiteur des intérieurs, le bruit des fontaines à celui de la pluie, les reflets, la brillance et les couleurs vives au rouge sang, au gris terne et à l'obscurité des jours qui rétrécissent. Dans l'absolu, je n'aime pas l'automne (j'ai froid, les cheveux ingérables, le nez rouge, les mains violettes, je trébuche plus durant cette partie de l'année, et j'ai froid, j'ai froid, j'ai froid!!!). Mais j'aime l'automne vu par les yeux de Philippe Delerm.

"Être écrivain, pour moi, c'est dire ce matin le bois écaillé du fauteuil, avec l'idée de pluie qui est restée, grise et sèche, sur l'accoudoir tremblotant. C'est dire cette petite boursouflure comique de la nappe de papier attachée à la table de jardin par une pince à linge de plastique jaune. C'est dire tout ce qui semble difficile à décrire, inutile, mystérieusement présent."

 

Je n'aime pas cette saison pourtant j'aime celle qu'il me peint dans ses livres. Je préfère l'été, l'âge d'or que le temps et l'autmmne me ravissent dès l'arrivée de septembre. Pour moi, l'automne reste la saison morose, celle de la nostalgie de la saison terminée... Moi qui ne garde que l'été pour mémoire...Après, tout n'est qu'attente. L'automne est pour moi la saison vide, celle où rien ne se passe. Elle n'est qu'un moment à passer, un sas vers le pire (oui parce que l'hiver, j'ai encore plus froid, la neige ne m'est jamais favorable, et je gèle, je gèle, je gèle!!!). Pour Philippe Delerm, tout se passe ici, tout se joue dans cet univers coloré entre le jaune moutarde et les orangés, lorsque les fleurs perdent leur éclat, leur vigueur. C'est cette transformation en train de se faire qui le fascine. Pourquoi? Soit parce qu'il aime juste les jolies couleurs. Soit -et là je vais peut-être m'extrapoler, surinterpréter...-Parce que les choses ne sont plus ce qu'elles étaient et ne sont pas encore définitivement perdues. L'automne, c'est cet intermédiaire entre un passé révolu et un avenir fatal. En fait, l'automne, c'est la métaphore du présent. Ce présent dont il faut jouir, ces instants dont il faut profiter.  C'est cela, l'automne Delermien. Et c'est cette saison virtuelle offerte dans toute sa splendeur que j'aime à retrouver dans chacun des opus de mon Philou chéri. C'est donc cela la cinquième saison...L'automne Delermien. 

pommes"Qu'est-ce que le plaisir sans l'attente qui le précède, et le bonheur de lecture sans la quête de lecture? Trouver un livre sans chercher, attiré par une couverture, le grain du papier, la musique de quelques phrases. On ne l'achète pas. On le saisit d'abord avec une espèce de réticence, d'incrédulité, et puis des yeux il passe dans les mains. On le repose, on flâne un peu dans les rayons, on y revient. Il est déjà à soi quand on se décide à le prendre, et si, après avoir traîné encore une heure devant les étagères des livres de poche, il faut bien le payer, l'opération ressemble davantage à une respectueuse demande de privilège qu'à l'achat d'une plaque de beurre au supermarché."

Avec ce Journal d'un homme heureux, je participe au challenge 1% de Sophie Hérisson.