La Métamorphose de Kafka est en réalité une relecture. J'avais lu cette nouvelle en sixième. Nous devions choisir un livre à lire pour le cours de français pour produire au final une fiche de lecture. J'avais choisi ce titre car j'aimais bien les sonorités de ce mot: Métamorphose. Cela ne m'avait pas laissé une trace impérissable. J'avais eu du mal à comprendre pourquoi et comment le personnage de Gregor s'était métamorphosé. J'avais un esprit beaucoup trop cartésien pour admettre cette part de fantastique. Comme je ne me souvenais plus du tout de la fin mais seulement de la transformation du héros en énorme insecte dégoûtant, je me suis dit qu'il serait peut-être intéressant de replonger dans l'univers Kafkaïen. 

En furetant au Cultura, j'ai vu que La Métamorphose de Kafka existait en Librio donc je me suis laissée tenter. 

 

Me revoilà donc, élève de 6°C avec 18ans en plus, et La Métamorphose de Kafka entre les mains. 

 

 

A dire vrai, j'ai eu du mal à me détacher des images mentales qui s'étaient produites lors de ma première lecture. Je n'ai pas pu recréer imaginairement un autre monde que celui qui m'était apparu alors que je n'étais qu'en sixième. Pourtant, parfois les images que j'avais crées lors de ma lecture de toute petite collégienne ne coïncidaient plus vraiment avec les mots que la trentenaire actuelle était en train de lire. C'est cela qui a été déroutant. 

A 12 ans, l'insecte était minuscule, le héros très jeune, ses parents me semblaient avoir l'âge des miens (la quarantaine)... Et quand je l'ai relu ces jours-ci, la description me montrait un insecte énorme puisqu'à un moment il tombe sur le parquet et les gens de l'autre côté de la porte entendent un bruit. Les parents de Gregor me semblent désormais avoir l'âge des miens (la soixantaine à peine). 

 

Ce qui est bizarre c'est qu'enfant -à 12ans, on peut encore parler d'enfant- j'étais sceptique face à cette métamorphose fantastique alors que je n'aurais pas dû m'en étonner outre mesure étant donné mon jeune âge; et arrivée à l'âge adulte, la transformation du jour au lendemain d'un quelconque humain en gros cafard ne m'a pas dérangée plus que cela. Plus on vieillit et plus on réussit à comprendre, accepter, admettre la distance que prend la littérature avec la réalité. Peut-être?!?

 

Entre ces deux lectures, il s'est aussi passé quelque chose d'étonnant. Lors de ma première lecture, j'ai lu au sens premier, au sens littéral, l'histoire. Pour moi, c'était une histoire imaginaire, inventée comme le pouvait être un conte. Au fil de mon parcours scolaire et universitaire, j'avais placé derrière ce souvenir de lecture de La Métamorphose de Kafka, une ribambelle d'interprétations: 

  • La déshumanisation lors des "boucheries héroïques" (pour reprendre la formule de Voltaire)
  • L'aspect éphémère de la vie.
  • La réécriture du mythe de Sisyphe/
  • La vanité de l'existence... 

Toutes ces lectures symboliques n'étaient basées finalement que sur une extrapolation des souvenirs d'une ancienne lecture. Le problème, c'est que lors de cette seconde lecture, je n'ai rien vu de tout cela. Ou presque.

 

J'ai bien repéré la déshumanisation, la métaphore de l'existence humaine qui est associée à la vie de n'importe quelle autre créature vivante, c'est à dire réduite au néant et à la mort. On peut aussi voir une sorte d'aliénation: la folie du personnage qui reste emmuré dans son propre corps et qui sent la diminution de ses facultés ainsi que le rétrécissement de son esprit ne pouvant aboutir fatalement à la mort...

 

cafard

 

En réalité, je pense que Kafka a écrit un récit simple et universel qui accepte n'importe quelle interprétation et n'importe quel degré de lecture. C'est cela qui hisse La Métamorphose au rang de chef d'oeuvre. Daniel Mesguich avait dit un jour dans une interview que plus une oeuvre acceptait d'interprétations, plus elle révélait le talent de son auteur.

 

Peut-être que dans 150 ans, les lecteurs de La Métamorphose de Kafka trouveront d'autres sens symboliques qui coïncideront avec la réalité de leur époque.

 

Après la seconde guerre mondiale et l'horreur de l'univers concentrationnaire, certains auront pu voir en Kafka un prophète et à travers la "métamorphose" de Gregor en bestiole immonde la vision anticipée des camps d'extermination, du génocide juif, la vision hitlérienne du juif comme un parasite.

 

Si je n'avais pas accroché lors de ma première lecture, cette relecture a été assez appréciable. La fin, que j'avais oubliée,  est assez tragique, pathétique et cruelle;  invitant à la réflexion aussi et inoubliable surtout.