Une ode, hormis le fait que ce soit quasiment l'homophone de mon prénom (je dis presque parce que mon [o] à moi est fermé, alors que le [o] de l'ode est ouvert. Même si certaines personnes du sud ne différencient pas le poème de mon prénom à cause de leur accent), est un poème antique qui était destiné à être chanté. Paul Claudel, dans son recueil, devient l'aède antique avec ses Muses, son chant, sa lyre...

 

Le recueil se constitue de cinq parties, cinq odes où l'on voit le poète en création et en "communication" avec ses Muses.

J'ai bien apprécié la première ode parce que cela m'a rappelé la poésie de Jaccottet et tout ce qui a trait à l'antiquité et la civilisation grecques, et notamment les Muses fondamentales. C'est un thème que j'avais beaucoup travaillé avec mes TL il y a deux ans. Alors, forcément, replonger dans ce genre de poésie m'a ramenée à cette époque merveilleuse où enseigner était devenu ma raison de vivre, où mon métier avait encore un sens. Je crois que c'est pour cette raison que la première ode m'a touchée plus que les autres. Les quatre autres m'ont un peu laissée perplexe. C'était assez répétitif.

 

 

La première ode s'intitule "Les Muses"Claudel y célèbre ses déesses de l'inspiration ainsi que toutes les nymphes intérieures, matrices du verbe poétique qui aident le poète dans son message poétique qu'il doit délivrer avec art.

On retrouve les Muses et les Grâces...

 

 

La deuxième ode: "L'esprit de l'eau" glisse rapidement vers l'épopée. C'est surtout ici le combat permanent entre le poète et l'esprit. Celui qui cherchait l'inspiration dans l'ode précédente se retrouve face à lui-même, face à une parole à énoncer qui reste momentanément à l'état de pensée. On retrouve l'idée d'un poète prisonnier, prisonnier de lui-même, de son art, qui va trouver une échappatoire dans une recherche mystique, divine. Et c'est grâce à la recherche de cette présence divine que le poète réussit à transformer la pensée en mots, l'abstrait en concret. Le poète est un messager de Dieu. Il a soudainement un pouvoir sacré qui lui vient de Dieu, qui lui donne toute transcendance sur l'Humanité. Il devient alors le médiateur entre le sensible et l’intelligible, entre le visible et l'invisible. Le poète est alors l’Élu.

 

 

Dans la troisième ode, "Le Magnificat", il s'agit de mettre au centre de l'écriture poétique la célébration de la création. La création vient sublimer voire supplanter l'inspiration divine. Le poète n'est plus guidé, il devient un démiurge totalement libre, affranchi de l'hégémonie divine et de la toute-puissance du monde profane. Il est un Créateur au sens propre du terme.

 

La quatrième ode s'intitule "La Muse qui est la grâce". Le chant du poète s'adresse aux Muses directement et les implore de le laisser seul et libre face à sa poésie. Familièrement, on pourrait dire qu'il les congédie. Il se refuse de céder aux transes poétiques, il ne veut plus d'une poésie exaltée, orgiaque. Pour écrire, le poète avait recours à l'ivresse, à des moments de transe au cours desquels les muses lui apparaissaient. Il rejette dorénavant ces moments extatiques et destructeurs qui permettaient l'engendrement de la poésie. Il ne veut plus que son Verbe poétique soit le résultat d'un accouchement spirituel, mystique et artistique douloureux. L'artiste, selon le poète n'est plus obligé de souffrir pour écrire.

blondenoire

 

Le recueil se clôt sur "La maison fermée". Ici, ce sont les hommes qui prennent la parole et qui implorent le Poète, l’Élu, l'homme sacré, de leur délivrer et leur dévoiler l'essence-même de la Parole divine. Dans cette ultime ode, le poète restitue la parole de Dieu. Il redevient alors le porte-parole, celui qui dit, qui dévoile. Il est par excellence et par essence celui qui fait le lien entre le monde d'ici-bas et le monde de l'au-delà, entre le profane et le sacré. Le poète fait alors figure de Créature mi-divine, mi-humaine, l'entre-deux-créations: l'une divine, l'autre poétique.