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Une fois n'est pas coutume, j'ai acheté un roman pour sa couverture. Il s'agit de Un enfant plein d'angoisse et très sage de Stéphane Hoffmann. Je la trouvais rigolote, originale, un peu "british" sur les bords. Et immédiatement, elle m'a fait penser au roman La dernière conquête du Major Pettigrew d'Helen Simonson que j'avais adoré. Pour l'histoire...Aucun rapport. Par-delà l'aspect purement visuel et superficiel, le titre m'a fait sourire car grosso modo, bien que je ne sois plus une enfant, les caractéristiques "angoissé(e)" et "sage" me définissent plutôt.

SHOFFMANNCOUV

L'histoire est plutôt sympatoche. Tout est vu par les yeux du narrateur, Antoine, un jeune adolescent livré à lui-même. Antoine est principalement élevé par sa grand-mère, Maggie. La mère d'Antoine, Baladine est une femme d'affaires carriériste qui court après les succès financiers, politiques et qui oublie qu'elle a un fils. Elle n'aime pas et méprise son ex-mari, Rudyard, un britannique qui aime les femmes, les conquêtes, les voyages, l'argent et qui oublie qu'il a un fils. Antoine vit donc  simplement chez ses grands-parents, en oubliant qu'il souffre de l'absence de parents normaux. Il se blinde, voit la vie de façon cynique, caustique, dit ce qu'il faut dire mais n'en pense pas moins. Il ne se laisse pas berner par ses parents qui se souviennent de lui quand cela leur chante. Il fait avec ou plutôt sans. Il prend ce qu'il y a à prendre, vit ce qu'il y a à vivre. Il cherche à mettre fin au schéma infernal en s'occupant de Jojo, son chien. Il s'occupe de son animal comme il aimerait qu'on le chouchoute. 

 

"Et notre fils? répond Baladine. Notre fils...euh... Comment l'appelez-vous, déjà? Jojo? Non, Jojo, c'est le chien. [...]"

 

 

 

Et puis, parallèlement à ces histoires de famille, il y a le passé de Maggie, un peu brute de décoffrage, qui refait surface et la hante de nouveau. Son passé de chanteuse -scandaleuse?- à succès. Si pour Antoine, elle apparaît comme une protectrice, comme une femme extraordinaire, il s'avère qu'elle a été une mère déplorable. Elle a toujours misé sur sa carrière de chanteuse et sa fille Baladine, comme son mari, ont toujours été des faire-valoir, des coups de pub pour vendre des albums. Apparaître comme une mère aimante aux yeux des fans, alors qu'elle ne s'occupait jamais de son foyer. Maggie apparaît comme une bulldozer un peu égoïste, et on peut alors comprendre que sans modèle maternel, Baladine a reproduit le schéma. L'auteur a voulu montrer par-delà les gags, les histoires farfelues, les dialogues cinglants et la répartie incroyable des personnages, l'hérédité et l'héritage dans la façon d'élever les enfants. Même si ce n'est pas applicable à tous, il prend ici le parti de montrer de façon fataliste que "les chiens ne font pas des chats" et que l'éducation reçue joue un rôle important dans la transmission. Au fil des générations, les femmes de ce roman répètent les erreurs. Est-ce pour montrer la malédiction ou bien au contraire pour montrer que certaines attitudes sont toujours explicables? Au début, on ne supporte pas Baladine et on apprécie Maggie. Puis, lorsque l'on découvre l'enfance de Baladine, on la perçoit plus comme une victime que comme une coupable et on cherche à lui trouver des excuses à sa mission maternelle manquée. Puis, on en veut à Maggie. On se dit qu'en méprisant sa propre fille, elle l'a détruite et est indirectement et par ricochets à l'origine de l'abandon d'Antoine auprès duquel elle tente de compenser, de se rattraper. Enfin, Maggie cesse d'être monstrueuse lorsqu'on a accès à ses souvenirs, à sa vie d'avant... elle-même laissée-pour-compte, méprisée, humiliée par ses parents. On a rapidement pitié pour cette femme.

Le livre, et par voie de conséquence l'auteur, ne cherche pas tant à incriminer celles qu'on pourrait appeler "mauvaises mères", "mères indignes" mais bien à tenter d'expliquer l'origine du mal, la genèse du malaise.

UNENFANTPLEINDANGOISSE

Ce livre pourrait être plombant et pathétique mais le ton enlevé, la vision naïve et pourtant réfléchie du jeune Antoine allègent le livre. C'est très cash. Le style est très ubuesque. Hoffmann se rapproche plus de Jarry que de Rostand. On a peu d'élégance, beaucoup de rire gras, mais ça passe bien. 

Quand j'ai commencé ce roman, j'ai tout de suite su que je ne trouverais pas de subtilités, alors je n'ai pas attendu l'élégance romanesque ou la délicatesse littéraire. En lisant l'incipit, je savais que j'allais me marrer et de bout en bout, j'ai ricané ou souri. L'auteur ne m'a pas promis autre chose dans la situation initiale, alors je n'ai pas été déçue. Pour le style anglais, so british, présent sur la couverture, on  ne le retrouve qu'avec le personnage de Rudyard, un cliché anglo-saxon sur pattes. Oui, il y a beaucoup de stéréotypes. Mais, c'est cette surenchère, ces exagérations un peu attendues qui font la force de ce roman qu'il faut lire avec une bonne dose de second degré, un gros décalage...à l'anglaise quoi!

SHOFFMANNC'est la version drôle de la chanson Ton héritage de Benjamin Biolay...

Benjamin Biolay "Ton héritage"