GECLANCIER

Georges-Emmanuel Clancier est un auteur du XX° (toujours vivant) qui est né au début du siècle. Il s'est illustré aussi bien dans le genre poétique que romanesque. Il a reçu plusieurs prix (Prix de l'Académie Française et le Goncourt de poésie). Le Pain noir a été publié en 1956. L'histoire, bien que non datée semble se passer au milieu du XIX°. On reconnaît quelques codes romanesques à la Maupassant, tant dans le contexte historique que social. Il semblerait que l'histoire racontée soit inspirée de celle de la grand-mère de Georges-Emmanuel Clancier, donc grosso modo on est en plein coeur du XIX°.

14547741_244587319304439_6903222521642876928_nLe Pain noir s'ouvre sur l'histoire d'une famille lambda: Jean Charron, le père, Marie Charron, son épouse ainsi que leurs enfants: Mariette, Martial, Francet, Aubin, Catherine et celui qu'on appelle Le Parrain, un enfant qu'ils ont recueilli. La vie se passe cahin-caha dans cette petite métairie au sein de laquelle le père est boulanger. On suit le quotidien banal d'une famille qui ne roule pas sur l'or mais qui est heureuse et trouve un bonheur particulier dans le partage de moments conviviaux. Et par un concours de circonstances hasardeux et malencontreux, on voit cette famille sombrer, aller de guigne en déchéance. C'est d'abord la pauvreté qui s'abat de plus en plus sur eux: des bouches à nourir et des denrées beaucoup plus rares; des déménagements contraints, des expulsions injustes. Et puis, il y a le départ du Parrain qui allège financièrement la famille mais dont le manque et l'absence alourdissent le quotidien. Et, ce sera autour de Mariette de partir, se mettre en ménage avec un homme violent.

Plus le temps passe et plus le sort s'acharne contre ces misérables. S'étant appauvrie, la famille va devoir faire face à un accident: la blessure du petit Francet. Blessé gravement, les parents ont à peine de quoi le faire survivre. Le médecin préconise l'amputation mais la famille s'y oppose. Grand bien leur fasse puisque le petit Francet guérira de ses blessures. Et puis, l'arrivée d'un autre enfant, la petite Clothilde, va de nouveau apauvrir les Charron. La famille a donc recours à des moyens irrémédiables mais nécessaires: ils laissent le petit Aubin à Mariette et son mari, laissent la petite Catherine à diverses familles où elle n'est que servante. Les parents ne font pas ça de gaieté de coeur mais par nécessité puisqu'ils  ne peuvent nourrir leur progéniture. Marie va même jusqu'à vendre sa chevelure. Les enfants travaillent pour aider leurs parents. Et puis, l'ultime naissance de la petite Toinon demeurera pour cette famille un bonheur triste. Et d'autres malheurs s'ajouteront encore et encore; mais l'espoir, l'optimisme, continuerons d'être nourris par Francet et Catherine.

cendrillon1Même si on a l'impression que les malheurs vont plomber l'histoire, Georges-Emmanuel Clancier ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières. Il veut seulement nous raconter l'histoire d'une famille. Une famille banale de l'époque dont les Charron sont représentatifs. Il s'agit vraiment du quotidien et des affres des pauvres au XIX°, ce à quoi ils étaient confrontés. Les passages un peu lourds sont contrebalancés par la candeur et les rêveries de la petite Catherine qui ne souhaite qu'une chose: vivre une vie de princesse et aller à l'école. Nous avons toute l'histoire vue par une fillette de 8 ans qui semble, malgré tout, grandir trop vite.

On reconnaît vraiment la thématique de l'indigence déjà présente chez Maupassant et chez Hugo. Cette histoire fait vraiment ého au quotidien de Fantine ou celui de Causette dans Les Misérables: Fantine abandonne sa fille et sombre dans la déchéance en vendant ses cheveux, ses dents, son corps. Le Pain noir rappelle aussi la nouvelle de Maupassant  "Aux champs" où l'on voit deux familles de paysans vivre de façon miséreuse: une famille décide de vendre leur fils, l'autre de le garder coûte que coûte. On les retrouve une quinzaine d'années plus tard, l'enfant vendu est devenu riche, avec une situation enviable alors que l'autre enfant, resté auprès de ses parents, est devenu aussi démuni qu'eux...

CATHEDRALELe Pain noir n'est plus vraiment d'actualité. On ne peut pas le lire comme on lirait un roman du XXI°. Mais, il faut le lire avec le recul nécessaire, avec le contexte du XIX° en tête. Le style est agréable, le récit est dynamique, poétique. L'écriture reste simple, snas fioritures. Les passages qui m'ont un peu semée sont ceux où l'on parle de Jésus-Marie-Joseph. Mon cerveau a sonné l'alerte, est passé au plan anti-intrusion de la religion. C'est plus fort que moi, la religiosité et les bondieuseries me laissent vraiment de marbre. Je conçois qu'on puisse se dévouer corps et âme à une religion, que l'on croie en une divinité. Le tout me laisse perplexe. Cela me passe au-dessus mais je respecte les croyants. Attention je suis une athée tolérante.

 

Ce roman fait partie d'une tétralogie portant le même nom Le Pain noir dans laquelle on peut retrouver La fabrique du roi, Les drrapeaux de la ville et La dernière saison.

Avec Le Pain noir de Georges-Emmanuel Clancier, je valide deux challenges:

- Le petit Bac d'Enna: lpb(récapitulatif ici)

- Lire sous la contrainte de Philippe (Article défini + Groupe nominal)liresous