Si je n'avais pas lu La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina Bivald, jamais je n'aurais acheté ce livre. En effet, dans le roman susnommé, l'auteure fait référence à une multiplicité de romans. Et elle parle justement de ce roman de Fannie Flagg au titre appétissant. Quand j'ai vu Beignets de tomates vertes sur les étals du Cultura, j'y ai vu un signe. Donc je l'ai pris sans regarder la quatrième de couverture, comme très souvent. Quand je suis rentrée chez moi, j'ai tourné le livre dans tous les sens et ai lu en diagonale et avec horreur cette quatrième de couverture: "Sud de l'Amérique.... octogénaire... adorable vieille dame... goût à al vie... livre qui a séduit des millions de femmes". En vérité, c'est surtout cette dernière partie qui m'a inquiétée. Pourquoi uniquement les femmes? Est-ce que ça va être une histoire à l'eau de rose? Et si c'était  un roman type chick-lit? J'ai commencé à regretter mon achat. 

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Et puis, j'ai commencé la lecture... et j'ai dévoré Beignets de tomates vertes. Rien à voir avec la chick-lit. Rien à voir avec de la littérature mièvre. Je le confirme: ce roman peut plaire aux hommes et ne doit absolument pas être estampillé "roman de fifilles".

C'est un roman-puzzle qui fait des va-et-vient entre différentes époques. C'est aussi un roman polyphonique qui nous donne accès à différents points de vue des différents personnages. Nous avons, enfin, affaire à un roman polymorphe puisqu'il ne s'agit pas d'un roman strictement linéaire ni un roman unique mais nous avons bien différents récits insérés (celui du narrateur, celui de la narratrice Ninny, la gazette de Dot Wheems...) J'aime quand les différents niveaux de la narration se mélangent, s'entrecroisent, se fondent. J'adore, j'adore, j'adore.

15877374_1210019219084853_1051680041584295936_nNous nous trouvons dans les années 1985 dans une sorte de maison de retraite où séjourne une octogénaire Ninny. Elle fait la rencontre de la bru de l'une de ses voisines de chambre: Evelyn. Chaque jour, Evelyn passe du temps avec Ninny qui lui raconte quelques souvenirs, sa vie et la vie de sa famille. Chaque jour, Evelyn vient voir sa raconteuse d'histoires vraies comme elle lirait un roman. C'est formidablement bien fait. On découvre la vie de personnages ayant vécu dans les années 30 dans la petite ville de Whistle Stop et notamment celle de la grande famille -la belle famille de Ninny, les Threadgoode: sa belle-soeur, Idgie qui a tenu le fameux café de Whistle Stop, sa vie avec Ruth  et leur fils; puis, Ninny tire de nombreux fils retraçant la destinée d'autres personnages et les reliant toujours les uns avec les autres. On pourrait s'y perdre mais l'assemblage impressionniste que crée le roman nous permet de tout intégrer et d'adhérer à l'histoire. On lit les aventures et mésaventures de chaque personnage. Même si parfois l'excès de malheurs nous plonge un peu dans le pathos, l'auteur distille des moments beaucoup plus acidulés pour alléger l'atmosphère parfois pesante. Ces instants légers sont permis grâce à l'insertion de la "gazette de Dot Wheems" qui donne une image extérieure de la vie à Whistle Stop, et qui nous plonge dans le quotidien des habitants.

De plus, on ne raconte pas seulement l'histoire de ces êtres fictifs, l'auteure nous dessine également une fresque familiale dans un contexte historique assez précis. On voit évoluer nos personnages sur un fond réel et sombre: celui de la ségrégation, du ku klus clan et de ce racisme intolérable.

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Dans ce roman, il y a tous les ingrédients qui me transportent, me fascinent: la mise en abyme, les différents niveaux narratologiques, les histoires enchevêtrées, la mélancolie légère et sombre. C'est mon coup de coeur de ce début d'année.

Ce roman me permet de valider le challenge d'Enna:  Le petit bac 2017 (Couleur: Beignets de tomates VERTES)

lpb

Hommes, femmes, peut-être pas enfants, mais adolescents, jeunes adultes, ce livre est fait pour tous les lecteurs. Il nous embarque et nous attire dans ses filets. On a du mal à le lâcher parce qu'on veut en savoir toujours plus...

Pour les dingues de cuisine... à la fin du livre, il y a les recettes des plats dont il a été question dans l'oeuvre. Certains trouveront cela gadget, futile, d'autres -et c'est mon cas- trouveront cela symapthique et seront curieux de tenter l'expérience culinaire.