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Lorsque j'ai vu le titre La nuit des trente, cela a fait écho à ma grande angoisse d'il y a deux ans... J'ai toujours vu le nombre "trente" comme une étape, une barrière-miroir qui refléterait tout ce que je n'avais pas réalisé. Trente ans. Avoir trente ans. Ça fait mal... En fait, passer le cap de la trentaine n'a pas été horrible, ni monstrueux. Je me suis rendu compte que cette entrée dans la trentaine a été une bonne chose. Deux ans après, à quelques jours de mes 32 ans, je me dis que je n'ai jamais autant épanouie à ce jour que depuis que j'ai mis un pied dans cette dizaine. Avoir trente ans (ou plus), c'est cool. La nuit des trente est le tout premier roman d'un jeune trentenaire, Eric Metzger.

Notre personnage, Félix, passe le cap de la trentaine. Cette nouvelle étape le renvoie à lui-même, à ce qu'il n'est plus, ce qu'il n'a pas fait, à ce qu'il ne peut plus faire... Au lieu de voir le cap des trente comme un tremplin, il le voit comme une porte qui se ferme, comme la fin d'une ère, la fin d'une époque. Il se compare alors aux grands auteurs, à tous ceux qui ont été importants:

"A trente ans, Balzac publiait la Physiologie du mariage et Les Chouans. Le début du succès. A trente ans, Stendhal sortait de la campagne de Russie, fatigué et sans passions. A trente ans, Tolstoï publiait Albert. A trente ans, Fitzgerald venait tout juste de publier Gatsby et débarquait à Hollywood. Et toi, à trente ans, qu'as-tu fait petit crétin?"

Félix s'offre le luxe de fêter son anniversaire aux quatre coins de Paris. Il est invité par plusieurs personnes à des soirées pour "fêter" son anniversaire. Alors, il y va puisqu'il n'a plus rien à perdre. Il picole pas mal. Il drague des nanas, part dans débats et des discussions houleuses avec n'importe quel quidam. Et puis, il reboit. Il vit cette soirée des trente comme un cadeau, une parenthèse. Il vit une nuit hors du temps qui lui permet de vivre intensément ce passage entre la vingtaine et la trentaine. Il savoure ce moment intermédiaire, cet entre-deux, métaphore du présent: entre la fin d'une époque et la naissance d'une nouvelle ère. C'est cette parenthèse qui permet de faire le deuil de la décennie passée et de revenir à la décennie suivante qui lui ressemble désormais. En refermant le livre, on a l'impression que Félix avait besoin de cette parenthèse, de plonger dans les limbes des âges pour se sentir bien, épanoui, en symbiose avec son époque.

J'ai bien apprécié la thématique et j'ai surtout adoré le style de l'auteur, un trentenaire (33ans) qui a sans doute exorcisé ses angoisses et ses questions existentielles liées à cet âge qui peut faire peur, à ce bel âge, cet âge inouï.