grammaire

L'idée de cet article m'est venue en regardant ou plutôt en écoutant des youtubeuses. Quand je travaille ou lorsque je surfe sur le net, j'ai soit de la musique en fond, soit des vidéos de YT. Et, quand j'opte pour la seconde solution, j'ai les oreilles qui saignent. J'écoute car j'apprécie le contenu. Pour avoir accès à ces informations, je suis obligée de subir quelques meurtrissures langagières. On assassine la grammaire. On martyrise la langue française à coups de barbarismes, de fautes d'accords, de liaisons fautives, d'anglicismes... J'ai déjà parlé de ma frilosité envers les anglicismes ici donc je ne vais pas m'éterniser.

Je reviens donc au sujet: Youtube ou la mise à mal de la langue française. A l'oral, les erreurs s'accummulent beaucoup plus facilement qu'à l'écrit. C'est un fait. Parler en direct, tenir un discours qui n'est pas écrit ne peut pas être parfait. Cependant, lorsque l'erreur revient systématiquement, on ne peut plus alors parler d'erreur due au stress ou à la rapidité et à la spontanéité de l'oral. C'est une erreur grammaticale, une vraie lacune. Je ne parle pas des titres racoleurs bourrés de fautes. Oui, je dis bien "fautes" car les pluriels sans s deviennent alarmants. YT est un cercle vicieux: si les vidéastes commettent ces erreurs de façon répétée sans être corrigées, les personnes qui les suivent vont entendre ces erreurs sans les considérer comme telles. Et ces "suiveurs", ces "communautés" vont intégrer dans leur propre langue ces mêmes erreurs que d'autres vont écouter et répéter. Je parle des youtubeurs/euses mais il en va de même pour tous les journaleux (presse écrite et télé) qui font aussi pas mal d'erreurs contaminant fatalement notre expression (l'exemple le plus probant: "de par"... cette locution n'existe pas. On dit "par". Deuxième exemple: "voire même": c'est un pléonasme! on dit l'un ou l'autre mais pas les deux)  Alors oui, mon discours est un peu conservateur sur les bords. Je vais sûrement donner une image de moi peu reluisante: une jeune-vielle rombière? pimbêche imbue? pas très rigolote et trop sérieuse? Bref...tant pis!

J'assume entièrement cette passion un peu étrange qui m'anime viscéralement: la grammaire.

1-Les produits que je vais vous parler. 

Ici, "que" est mal employé et surtout utilisé à toutes les sauces. 
Pour savoir quel pronom relatif est à utiliser, il faut identifier la fonction du groupe nominal auquel fait référence le pronom relatif.
En reformulant la phrase, cela peut être plus clair: je vais vous parler de ces produits.

Le "que" dans la phrase initiale doit faire référence à un COD. Or le verbe parler dans cette phrase peut être considéré comme transitif indirect, c'est-à-dire qu'il nécessite une préposition (de) et qu'il est accompagné d'un COI. Les plus pointus pourraient même m'indiquer que "ces produits" n'est plus un COI mais un COS. Le premier COI étant "vous" (je parle à vous), le deuxième COI devient donc un COS (complément d'objet second: je parle à vous de ces produits). Puisque nous avons un COS, nous ne pouvons pas utiliser "que. Mais alors, quel pronom relatif faut-il utiliser lorsque l'on veut faire référence à un COI ou COS? 

DONT. Les produits dont je vais vous parler.

 

2-Une vidéo que j'ai déjà fait.

Il s'agit d'une faute d'accord (je ne mets pas de "s" à "accord" puisqu'il n'y a ici qu'un accord) liée à l'utilisation de l'auxiliaire avoir. La règle est simple:

Avec l'auxiliare être, on accorde le verbe avec le sujet. 
Avec l'auxiliaire avoir, on n'accorde rien... SAUF (et forcément la phrase choisie correspond à cette deuxième partie de la règle) si le COD est placé devant le verbe; dans ce cas le verbe s'accorde avec le COD qui le précède.

Le "que" fait référence au GN "une vidéo" et se trouve avant le segment verbal "j'ai déjà fait". Le premier segment de la phrase est COD du groupe verbal. Comme il est placé avant, on va faire l'accord.

--> Une vidéo que j'ai déjà faite.

3. Comment que ça s'appelle?

Je pense que l'erreur vient de l'espèce d'interrogation indirecte qui est liée à la rapidité du flux verbal... Je crois que c'est un problème d'ellision: le "est-ce" a disparu de la circulation.

Comment est-ce que ça s'appelle?

Le "ça" reste aussi problématique et alimente le débat grammatical: doit-on le remplacer par cela? Peut-on le laisser tel quel? J'ai eu beau potasser mes livres de grammaire ces dernières années à ce sujet (Sancier, Riegel, Houdart & Prioul, besherelle...), tous se contredisent. Au vu de la phrase, le "ça" est bien une broutille...

4. Dix-huit (z) essences.

Comme il s'agit d'une liaison qui a été faite à l'oral, on peut supposer que la personne a ajouté un "s" au mot "huit" de  l'expression "dix-huit".

Comme il y a plusieurs 8, on met un "s"... Oui, mais non. Ce n'est pas dix fois le chiffre huit mais bien dix+huit. Contrairement à quatre-vingts où on a bien quatre fois le nombre vingt. Même si on ne se pose pas la question, le nombre dix-huit, normalement, on sait l'écrire depuis le CE1!!!

5. Verbe régraisser.

J'ai les cheveux qui régraissent. J'ai la peau qui régraisse.

Il s'agit d'un barbarisme. On a fait fusionner le sens du verbe "regraisser" avec la prononciation du verbe "régresser". Regraisser signifie "qui redevient gras" alors que "régresser" veut dire "qui va à reculons, qui fait marche arrière". Les cheveux regraissent si vous les lavez une fois par mois mais ils régressent si vous les tondez ou s'ils poussent à l'intérieur du crâne...

 

Je sais que nous ne sommes pas infaillibles. Personne n'est à l'abri de la petite erreur de grammaire, la bévue orthographique. Cet article n'avait pas pour but de stigmatiser, seulement de pointer du doigts nos failles, nos inattentions. C'est en se posant les bonnes questions lorsque l'on tente de s'exprimer, qu'on prend goût à cette grammaire, jugée austère, rébarbative, plombante, alors qu'elle est absolument riche et passionnante.