Je me lance dans mon marathon pas gai gai d'articles autour du nazisme. J'ai expliqué mon obsession, mes cauchemars, mes peurs et mon questionnement ici.

ERIKLARSON

"Si je ne te revois plus de mon vivant, écrivait-il, cela ne fait rien car je serai fier de toi jusqu'aux dernières heures de ma vie" (John D. Dodd à Dodd, 12 juin 1933)

Erik Larson a écrit un livre assez hybride puisqu'il s'agit à d'un reportage romanesque qui prend parfois des airs de bon thriller. Si on ne connaissait pas l'Histoire, on pourrait se dire que c'est un p***** de polar avec une intrigue démente... Le problème c'est que l'histoire est vraie. Les personnages négatifs de ce roman sont les hommes d'Hitler.

LARSONKLe livre est très documenté: on  a beaucoup de citations extraites de documents officiels qui viennent attester la véracité de l'histoire. Dans le jardin de la bête change un peu de ce que j'ai pu lire sur le nazisme puisqu'on a le point de vue d'un Américain expatrié en Allemagne dans les année 30. Dodd accepte d'être ambassadeur à Berlin, en pleine mutation de l'Allemagne. Il est pressenti pour ce poste car il a un certain goût pour la culture germanique Il part donc en Allemagne, accompagné de sa femme et de ses enfants. A Berlin, il découvre les changements, une idéologie qu'il commence à redouter. Il est très lucide par rapport à cette situation et ne veut pas "copiner" avec ce régime. En revanche, sa fille Martha, va tomber en fascination devant cet ordre, ces défilés... et va s'éprendre de Rudolf Diels, le chef de la gestapo. On voit comment l'hitlérisme, outre ses idées et son idéologie, va éblouir, enivrer et captiver les personnes. Toutes ces parades tendent à créer l'admiration, ou du moins un attrait. Hitler séduit, les SS en inspirant crainte et admiration ébahissent... Et le monde est en marche vers sa propre destruction.

On voit le quotidien de ces Américains se fondre dans le décor nazi. Et chacun des membres de la famille nous plonge dans les méandres et les miasmes de ce régime à gerber. On assiste, on nous raconte, on nous dépeint les horreurs, les crimes arbitraires, les purges aléatoires mais massives...En lisant ce livre, on a vraiment l'impression d'être dans une téléréalité où l'on vit, caméra au poing, 24/24 avec les hommes d'Hitler ou encore dans un "Vis ma vie....de SS".

Il y a des passages insoutenables. Horriblement insoutenables car ce sont des faits réels et non de la fiction. L'écriture de Larson est assez particulière dans la mesure où il associe à son propre récit, des commentaires en bas de page, des notes, des indices bibliographiques et un travail de recherche et d'investigation exceptionnel. C'est un livre très documenté qui nous donne une vision interne du nazisme par quelqu'un de "neutre" à la base. Le fait que le personnage principal soit un politique, on a ce recul et ce regard politquement éclairé que des hommes lambda ne percevraient pas forcément. Et, le fait qu'on ait un personnage qui ne soit ni une victime, ni un nazi, mais bien quelqu'un d'extérieur à l'Allemagen hitlérienne au départ, permet de voir une situation avec une certaine objectivité ainsi qu'une représentation plus lucide.

"Je n'avais aucune illusion sur Hitler quand j'ai été nommé à ce poste à Berlin [...] Mais j'avais espéré trouver au moins quelques personnes correctes autour de lui. Je sus horrifié de découvrir que toute la bande n'est qu'un horde de criminels et de lâches."

De même, le personnage de Martha est important puisqu'il permet de montrer l'"embrigadement" initial et la prise de conscience de ce qu'est le nazisme. Lorsqu'elle comprend qu'elle a été charmée par cette Allemagne nazie, cette Allemagne inhumaine, il est trop tard. On voit tout son cheminement spirituel, intellectuel au fil de ce "roman-documentaire". Et ça aussi, c'est très intéressant. On n'a pas d'un côté les bons résistants au régime et les ordures de sympathisants. Erik Larson explique bien le fonctionnement du nazisme, des opérations-séduction qui deviennent un embrigadement duquel on ne peut plus sortir qu'autrement qu'avec une balle dans la tête ou une corde autour du cou.

""Hitler  a besoin d'une femme. [...] Hitler devrait avoir une américaine... une femme charmante pourrait changer tout le destin de l'Europe." Il en vint au fait: "Martha, cette femme, c'est toi."

LARSONDans le jardin de la bête montre bien comment le climat malsain et la peur de ce régime ont poussé les civils Allemands à éprouver de la haine pour leur prochain. Tout ce système hitlérien -SS, Sa, Gestapo, a exacerbé ce que l'homme a de pire en lui: la vengeance, la haine, la rancoeur.... Vous vous êtes pris la tête avec votre voisin? Allez le dénoncer... C'est faux? C'est de la calomnie? On s'en fout? Il faut se venger!  Et puis ce sera votre parole contre la sienne et en général le dénoncé est pris en charge par la police allemande et le dénonciateur-diffamateur est perçu comme l'ami du régime allemand.. Hitler avait compris le truc: diviser pour mieux régner...

"Une étude des registres nazis a démontré que, sur un échantillon de deux cent treize dénonciations, 37% relevaient non pas d'une conviction politique sincère, mais de conflits privés, dont le déclencheur était souvent d'une insignifiance stupéfiante. Ainsi, en octobre 1933, le commis d'une épicerie dénonça à la police une cliente excentrique qui s'était entêtée à réclamer ses trois pfennings de monnaie. Le commis l'accusa de n'avoir pas payé ses impôts."

La description de la gestapo, de ses actions, rappelle les lettres de cachet que Louis XIV envoyait à ses sujets. Ces lettres étaient aléatoires et menaient à la mort. Tuer pour terrifier. Crée un climat de tension pour adoucir "les brebis". 

"Les gens recevaient par la poste des cartes, comme tombées du ciel, leur demandant de se présenter pour un interrogatoire. Ils étaient terrorisés. Malgré leur apparence ordinaire, ces convocations ne pouvaient être négligées ni ignorées. Elles contraignaient les citoyens à se rendre dans ce bâtiment absolument redoutable pour répondre à des délits dont ils n'avaient probablement aucune idée, au risque - souvent imaginaire mais dans certains cas tout à fait réel- d'être expédiés à la fin de la journée en "détention provisoire" dans un  camp de concentration."

LARSONERL'avantage avec toutes ces lectures croisées, c'est que je vais parvenir, à un moment donné, à avoir un point de vue global, une vision totale du nazisme et me permettre à un moment donné, d'avoir des réponses à toutes mes interrogations.

Si la question du nazisme vous intéresse, ce livre peut vous être utile. Si vous recherchez de la fiction, une histoire un peu romancée, ce livre ne vous offrira rien de ce genre.  Avec Dans le jardin de la bête, on est vraiment au premier degré de l'écriture documentaire. C'est clairement plus un reportage, une enquête qu'un vrai roman même si la narration rappelle celle des plus grands thrillers...

Participation au challenge d'Enna: Le petit bac: Animal Dans le jardin de la BETE

lpb