liresousJe reprends un peu du service sur ce blog, je retrouve un rythme de croisière. Aujourd'hui, je vais parler d'un poète que j'adore.. Jacques Prévert. Et d'une oeuvre que j'ai... je ne vais pas dire détester.. mais que je n'ai pas forcément aimée. Si j'en parle aujourd'hui, c'est aussi et surtout pour faire honneur au challenge de Philippe: Lire sous la contrainte. De mémoire, et grosso modo, la contrainte est que le titre ne doit pas contenir de déterminant ni préposition. Spectacle obéit donc à la règle.

"Mais sur une autre gravure il est seul et atrocement triste et derrière son front brutal; borné et enfantin, dans sa lourde tête animal et fastueuse, la force de l'inertie et l'énergie du désespoir luttent avec acharnement mais en vain contre la très précise et très affreuse vision prémonitoire d'un destin imbécile et d'une vie sans lendemain" ("Eaux-fortes de Picasso")

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Quand j'ai acheté ce livre, j'ai fait un raccourci: Prévert = Poésie. Spectacle ne se limite pas à la poésie et se compose comme un vrai spectacle avec du théâtre, des saynètes, des interludes, un peu de poésie... C'est très surréaliste, bien que Prévert ne soit pas assimilable à ce mouvement, je le sais bien. Cela dit, Spectacle aurait parfaitement convenu à André Breton et ses petits potes Eluard, Soupault et Aragon.  C'est très éclectique, on a un peu de tout avec la formidable patte Prévertienne: les jeux de mots, les fulgurances poétiques, l'humour, le scabreux, la révolte. Oui mais voilà: je n'ai pas accroché.

Pour sauver Prévert de ce Spectacle affligeant, j'ai quand même relever quelques jolis passages. Dans le poème "La belle vie", dans la dernière strophe, il y a de la joliesse made by Prévert :

"Sans chanter de chansons/ On n'est pas à plaindre/ On est à blâmer. On s'est laissé prendre/ Qu'est-ce qu'on avait fait?/ Enfants des corridors/Enfants des courants d'air/ Le monde nous a foutus dehors/ La vie nous a foutus en l'air."

Pourtant entre deux lectures sur le nazisme, ce Spectacle aurait pu me faire comme une réréation. C'est raté. A moins de prendre les choses dans l'autre sens, c'est peut-être parce que mon cerveau était trop encombré de nazisme, d'horreurs, que je n'ai su apprécier ce Spectacle. Ne serais-je pas en train de chercher des excuses, là? J'ai du mal à dire que quelqu'un que j'aime bien a composé un truc merdique...une oeuvre un peu en-dessous, ou complètement nulle. 

Quand je relis les passages que j'ai repérés, je me rends compte qu'ils sont assez sombres, bien dans la veine de la destruction et du pessimisme ambiant post-guerre...

On

C'est un mardi vers quatre heures dde l'après-midi
au mois de février
dans une cuisine
il y a une bonne qui vient d'être humiliée
Au fond d'elle-même
quelque chose qui était encore intact
vient d'être abîmé
saccagé
Quelque chose qui était encore vivant
et qui silencieusement riait
Mais
on est entré
on a dit un mot blessant
à propos d'un objet cassé
et la chose qui était encore capable de rire
s'est arrêtée de rire à tout jamais
Et la bonne reste figée
Figée devant l'évier
et puis elle se met à trembler
Mais il ne faut pas qu'elle commence à pleurer
la bonne à tout faire
elle sait bien qu'elle ne pourrait rien faire
pour s'arrêter
Elle porte en elle une si grande misère
Elle la porte depuis si longtemps
comme un enfant mort mais tout de même encore un petit peu vivant
Elle sait bien
que la première larme versée
toutes les autres larmes viendraient
et cela ferait un tel vacarme
qu'on ne pourrait le supporter
et quon la chasserait
et que cet enfant mourrait tout à fait

Alors elle se tait.

 

Sinon, Blondie tu vas bien? Il va être temps de remettre un peu de gaieté dans tes lectures.. 

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Ce livre me permet de valider le challenge d'Enna: le petit bac. Loisir: SPECTACLE

lpb