En fin d'année, il n'est pas rare de trouver dans notre casier des livres. J'ai trouvé il y a quelques temps le roman de Laurent Gaudé: La mort du roi Tsongor. J'avais découvert Laurent Gaudé il y a quelques années lorsqu'un extrait du Tigre bleu de l'Euphrate était tombé à l'écrit du bac français. Le sujet avait fait polémique: la presse s'était acharnée contre les lycéens se moquant de nos chères têtes blondes qui avaient cru que le tigre était un animal et non le fleuve. Les journaleux s'étaient précipités comme des rapaces sur cette info humiliant ainsi les élèves. J'avais relu le texte et franchement, l'interprétation des lycéens était loin d'être stupide. Les vautours ont fermé leur clapet lorsque Laurent Gaudé avait pris la parole et avait remis les choses à leur place en disant que le tigre en question pouvait être métaphorique... Il me semble ensuite avoir lu La mort du roi Tsongor et je l'avais lu en diagnale et rapidement sans apprécier. Avant-hier, j'ai ouvert le livre reçu dans mon casier et j'ai été happée contrairement à la première fois.  J'ai adoré l'histoire, j'ai profondément apprécié le style. J'ai tellement bien fait de relire ce roman très court. Ce Taj Mahal de la littérature! 

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Le roman s'ouvre sur deux personnages le roi Tsongor et Katabolonga qui vivent à Massaba. Les deux hommes sont de grands amis. Pourtant leur amitié est née sur des ruines. En effet, Tsongor a brisé la vie de Katabolonga, il a assassiné sa famille. Un marché est alors conclu entre les deux: Tsongor offre à Katabolonga d'être son bras droit et il pourra se venger quand il le voudra. Tsongor accepte de mourir sous les coups de son ennemi mais pas dans l'immédiat. Le temps passe et finalement le rapport entre les deux devient  de plus en plus amical, et naît ainsi une fidélité ainsi qu'une très grande considération. Pourtant, au début du livre Katabolonga apprend au vieux Tsongor que c'est pour aujourd'hui. La formulation mystérieuse n'est pas encore comprise par Tsongor. Il pense que Katabolonga parle du mariage de la fille de Tsongor avec Kouame, le prince des terres du sel. Katabolonga répète sans cesse cette phrase sans que Tsongor ne comprenne jamais. Outre la mort vengeresse imminente qui plane sur le début du roman, un  autre évènement va précipiter la perte de Tsongor, de Massaba...

Un ancien ami des fils de Tsongor, le confident intime et ancien soupirant de Samilia -la fille de Tsongor- revient sur les terres de Tsongor et lui apprend que Samilia et lui avaient conclu un pacte: arrivés à l'âge adulte, les deux s'étaient promis de se marier. A la veille du mariage de Samilia avec Kouame , Sango Kerim vient récupérer son dû. C'est alors à Tsongor de choisir entre Kouame et Sango Kerim. Quel que soit le choix, quelle que soit la décision, cela engendrera une guerre sans précédent. S'il donne sa fille à Kouame, Sango Kerim fera un carnage car une promesse doit être honorée. S'il donne la main de sa fille à Sango Kerim, c'est Kouame qui sera humilié et qui lèvera une armée. Alors, Tsongor décide mourir. Il demande à Katabolonga de le tuer. Bien qu'au début de la journée, celui-ci s'était ambitionné de tuer son roi, au moment de passer à l'acte, Katabolonga se dégonfle. Tsongor se suicide laissant ainsi à sa fille le lourd choix, à ses enfants les conséquences de sa lâcheté, à Masssaba une destruction imminente. Avant de mourir, il demande à son dernier fils de construire "sept tombeaux pour dire ce qu'il fut",et lui ordonne de trouver l'endroit idéal qui sera son ultime demeure.

"J'ai connu moi aussi, plus d'une fois, la douleur de la perte.  Je sais le voluptueux vertige qu'elle procure. Il faut te faire violence et déposer le masque de pleurs à tes pieds. Ne cède pas à l'orgueil de celui qui a tout perdu. Tsongor aujourd'hui a besoin d'un fils, pas d'unne pleureuse."

La mort de Tsongor ne résout rien, les armées de Kouame affrontent celles de Sango Kerim avec violence, acharnement, avec horreur. Massaba est en train de périr. La fratrie est aussi en train de se déliter puisque les deux fils jumeaux s'affrontent et chacun défend un camp. Les combats sont sanglants. En mourant, Tsongor donne le coup de grâce à sa terre, met un terme à toute une génération, à sa descendance. Il laisse surtout ses enfants face à leur destinée. Leur cruelle destinée. 

"Je n'ai pas su choisir, pensa-t-elle. Ou je me suis trompée. J'ai choisi le passé et l'obéissance. J'ai fait taire le désir que j'avais en moi. Et j'ai rejoint Sango Kerim, par fidélité. mais la vie exigeait Kouame. Non. Ce n'est pas cela. Si j'avais choisi Kouame, je serais en train de pleurer sur Sango Kerim. Ce n'est pas cela. Il n'y a pas de choix possible. J'appartiens à deux homms. Oui. Je suis aux deux. C'est mon châtiment. Il n'y a pas de bonheur pour moi. Je suis aux deux. Dans la fièvre et le déchirement. C'est cela. Je ne suis rien que cela. Une femme de guerre. Malgré moi. Qui ne fait naître que la haine et le combat."

La mort du roi Tsongor est très imprégnée des récits antiques, des épopées. On reconnaît parfois la guerre de Troie, les tragédies grecques et cette fameuse loi du Talion. Malgré l'horreur de certaines scènes, le style de Laurent Gaudé demeure poétique, très fin, très perlé. Malgré sa longueur limitée, ce roman est majestueux. Ce n'est pas un pavé pourtant il est sensationnel. J'ai adoré ce sublime roman. Heureusement que j'ai rouvert ce livre. Parfois, j'avai l'impression de lire du Kadaré, tant dans le style que dans cette réécriture des mythes antiques. Si on m'avait fait lire ce roman sans me donner le titre ni le romancier, j'aurais tout simplement cru qu'il s'agissait d'un Kadaré.

Challenge Le petit bac: Ligne 3, Mort

lpb