Cher Romain,
mariéenetbJe suis tombée sous le charme depuis L'extraordinaire voyage du fakir. J'aime tes titres à rallonge. J'aime tes histoires. J'aime ton humour. Epouse-moi. J'ai adoré Re-vive l'empereur qui t'a permis une fois encore de monter dans mon estime. Monsieur Puértolas je vous aime. Epousez-moi. J'ai craqué pour Tout un été sans facebook. Et j'ai ri, j'ai ri.. Femme qui rit., cher Romain...

Romain Puértolas épouse-moi. Ce sera toi ou personne. Passe-moi les menottes la bague au doigt. (Le petit Romain est policier. Quand on voit le minois tout mimi de Romain et qu'on ajoute en plus l'uniforme du POLICIER... je ne réponds plus de rien. Je vais passez pour une nymphomane perverse et érotomane... la honte).

Tout ça pour dire que j'adore Romain Puértolas et son humour complètement déjanté. C'est facile de faire chialer pour être hissé dans le top des ventes: on va parler d'une famille heureuse, on va broder autour de la mort d'un enfant. On va lier le tout avec du sentimentalisme, du miel bien-pensant, de la guimauve et des bons sentiments. On va clore avec une belle histoire d'amour. Du blabla, de la mièvrerie. Et le tour est joué. Bingo, banco, jackpot! Pour faire rire, c'est déjà plus délicat puisque nous avons qu'une seule dimension: l'écrit. On n'a pas l'image donc pas de mimiques de l'auteur, pas de grimaces, pas de sourires entendus qui viendraient surenchérir le texte hilarant. C'est là le talent de Romain Puértolas.

Dans Tout un été sans facebook, on se retrouve dans un petit commissariat (waou!) de New York (hmmm American policemen...). Commissariat est un bien grand mot puisqu'il ne s'y passe jamais rien. Si bien que les policiers ont créé des ateliers: tricot, fléchettes, bière et rots, le fameux club de littérature mené par Agatha Crispies. Quant à New-York, ce n'est pas celui de Liza Minnelli mais un New-York au Colorado, une ville parallèle, le miroir inversée de la Belle  et Dynamique New-York. Une version de New-York sans réseau, sans Internet où Facebook existe... mais c'est un facebook manuel, artisanal: un tableau blanc sur lequel on met des infos, on dit j'aime sur les photos; on fait même des demandes d'amis sur ce mur...Vous l'aurez compris, ce livre faussement policier est lui aussi le miroir inversé des Experts Manhattan. Agatha Crispies n'a rien du Lieutenant Bonasera et le Directeur du Commissariat n'a rien à voir avec Mac Taylor.

http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-53453/photos/detail/?cmediafile=18899414 Vraiment, rien à voir...

Romain Puértolas fait des références aux séries américaines, je suis sa lancée. En revanche, le légiste Puértolassien et le légiste des Experts Manhattan sont aussi barjos... De même, Romain Puértolas pointe du doigt tous les défauts des séries policières et met en exergue les erreurs que seuls les policiers peuvent détecter...Oups (I did it again. Romain cite Britney au début, me too)Je digresse comme le sieur Puertolas, mais revenons à notre histoire... Donc il ne se passe jamais rien chez nos poulets (c'est d'ailleurs étonannt que Super Romain n'ait pas fait un jeu de mots avec chicken...) policiers où notre Agatha s'étiole, se lamente, se désespère. Jusqu'au jour où un meurtre a lieu. Youhou, c'est la fête. On voit le lieutenant Crispies s'armer, prendre tout son matériel, tous ses outils qui n'ont jamais servi, ses donuts au chocolat et se diriger vers une scène de crime: Peter Forster a été tué avec des aiguilles à tricoter. 150 fois. De l'acharnement en somme. Bien sûr, nous ne sommes pas dans la vraie vie, nous sommes dans la fiction. Comme nous sommes dans un monde imaginaire, fictif, le petit Puértolas se lâche et met en scène des personnages complètement tordus, des scénarios à dormir debout (comme Hitchcock), des éléments qui sont clairement impossibles. Sur la scène de crime, Agatha mange des donuts, laisse des miettes partout, imagine aussitôt des hypothèses à la "mords-moi le noeud". C'est de la fiction. Et le petit Romain fait ce qu'il veut. C'est lui qui décide. Il est le créateur, le démiurge. Nous voici alors face au Dieu Romain en action. (ahahahahahah) D'autres crimes vont avoir lieu et qui vont être tout aussi gores, tout aussi drôles et tout aussi énigmatiques. Mais Agatha règne et elle a une technique sans failles dont on reparlera plus tard...

csi

J'aime le style d'Apollon Puértolas: des jeux de mots en permanence, des noms  écorchés qui font référence à d'autres noms. Dire qu'en lisant un roman de Romain, on ne réfléchit pas trop, on se divertit, serait bien réducteur. Rien n'est laissé au hasard. Il y a tellement de clins d'oeil, de pépites à soulever pour comprendre ce qu'il a voulu insinuer. J'aime ce genre de livres. Et, on l'aura compris, j'adooooooooooooooooooooooooooooooooore ceux de Romain Puértolas. Parfois, quand dans une page, rien n'a fait tilt. Je relis pour vérifier que je ne suis pas passée à côté d'un trait d'humour, d'un jeu de mots, d'un sarcasme. Le style de Romain Puértolas est beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît. Avec ses bons gros jeux de mots, on voit le gag arriver à des kilomètres, mais parfois Romain se fait fin: il joue sur les sens, les sons, les allitérations des mots et de notre jolie langue. Je suis vraiment connectée à cet auteur. Vraiment. Je crois avoir le même humour un peu potache. Certaines de ses réflexions sur la littérature, qu'il s'agisse de références littéraires ou bien d'opinions sur la littérarité d'un texte, sont aussi les miennes. Sont-ce les hasards objectifs dont parlait Aragon? la gémellité des destinées et des esprits de Modiano? Possible. Il y a parfois des éléments agrémentant le roman qui sont très ressemblants à ce que j'ai écrit sur ce blog, dans quelques-uns de mes articles. Je crois en la connexion des esprits.

 "Il n' y a pas de sous-littérature, de sous-culture. On commence par dire qu'il y a des sous-livres et après, on dit qu'il y a des sous-hommes. Le snobisme littéraire et culturel est une plaie aussi néfaste que l'illetrisme. Ne pas vouloir s'ouvrir aux autres, ne pas chercher à découvrir d'autres choses, rester dans son petit confort, enfermé dans sa petite case, ne jamais se remettre en question, ce n'est pas faire preuve d'intelligence.[...] Qui sont ceux qui décident qu'un livre vaut la peine et qu'un autre soit relégué à la littérature de gare? [...] Que les gens lisent ce qu'ils veulent! Ce qui les fait le plus vibrer, croire, rêver, mais qu'ils lisent! Cessons d'avoir l'arrogance de nous comporter en dictateurs littéraires! [...] Hitler brûlait les livres qu'il n'aimait pas pour le bien général, tu parles! Ca, c'est de la littérature, ça, ce n'en est pas."
(Ici: mon article sur le sujet...)

J'aime le fil invisible qui lie l'auteur au lecteur, le policier à la lectrice. Un peu comme chez Calvino. Il me semble avoir déjà par le passé fait le lien entre Romain Puértolas et Italo Calvino. Ce qui est étonnant, c'est que dans Tout un été sans facebook, il n'y a pas la trace de mon Italo adoré. Parmi toute la palanquée de références, rien sur Calvino alors qu'en fait, s'il y a bien un auteur qui ressemble à mon Romain, c'est cet italien!

19985243_1975638232658911_6132567009189167104_nCe n'est pas un roman à prendre au premier degré; il faut lire le beau Puértolas comme Romain a sans doute écrit son roman: sans se prendre au sérieux. Rien n'est plus insupportable que l'austérité. Surtout l'austérité feinte. Comme si la culture était tristoune. Et bien non, on peut se cultiver en s'amusant, c'est le but des apologues, des fables et des contes. D'ailleurs, Romain Puértolas, avec ses titres de chapitres, fait un clin d'oeil à Voltaire. Quand on lit un roman de notre contemporain, on a l'impression de lire un conte voltairien. Outre les gags, l'aspect grotesque, l'humour potache, on trouve plein de petites anecdotes fascinantes sur la littérature, les auteurs. Des anecdotes croustillantes. Le cerveau humain retient mieux ainsi. Il y a quelque chose de très didactique, très pédagogique. Le policier-écrivain se transforme un peu en professeur. D'ailleurs, cette image un peu double, on la retrouve à travers le personnage d'Agatha Crispies: enquêtrice et formatrice en littérature (au sein du commissariat). Prof? Policier? Nous voici encore sur le fil long qui unit Romain et Blondie. C'est magique.

"Des mathématiciens ont établi un théorème qui stipule que si l'on mettait une infinité de primates devant des machines à écrire et qu'on les laissait taper n'importe quoi pendant des années, ils écriraient "presque sûrement" un jour un texte comme Hamlet?  C'est ce que l'on nomme le paradoxe du singe savant. [...] En vrai, les scientifiques ont tenté l'expérience. Les singes ont défoncé les machines à écrire à grands coups de pierres et ont déféqué dessus. On est loin de la poésie d'Hamlet."

Il me faudrait un roman pour parler de Romain. Je me rends compte a posteriori (hihihihi... clin d'oeil) que j'ai plus parlé du style Puértolassien, de mon amour pour Romain, que de Tout un été sans facebook. Il y a tant à dire sur ce roman à tiroirs que j'ai pris le parti de ne parler que du style, que de la patte de ce romancier cher à mon coeur de Littéraire. J'aurais aimé dire que Romain Puértolas fait le grand écart entre Rabelais et Kad et Olivier, entre les Experts Miami et les romans de Gaston Leroux. Chez Romain Puértolas, l'impossible devient possible. Romain Puértolas écrit le livre que j'ai envie de lire. Quand j'étais petite, je rêvais d'une histoire où Le Petit Poucet rencontrerait Le Petit Chaperon Rouge et qu'ensemble, ils iraient squatter dans la maison d'Hansel et Gretel. Maison dans laquelle, Blanche-Neige ferait le ménage et que Robin des bois apporterait les richesses.. Dans les romans de Romain Puértolas, les portes temporelles sont ouvertes, des personnages issus d'innombrables fictions se rencontrent. Les frontières (hey clin d'oeil) sont abolies le temps d'un livre; le temps d'une lecture on a un monde à perte de vue qui s'offre à nous, sans contraintes, sans limites, sans barrières, sans interdits (oui le jeu de mots est fait exprès).

La méthode qu'utilise Agatha pour résoudre les crimes est assimilable à la façon dont on peut lire le livre: elle écrit tout ce qui lui passe par la tête, tel mot d'une déposition va évoquer un autre mot qui va l'emmener sur une piste à creuser. C'est inepte car cela donne des résultats complètement surréalistes. En y réfléchissant bien... Tout chez Romain Puértolas nous renvoie sur une autre piste.

18014085_418106055212678_2651785668375609344_aAgatha Crispies: Agatha Christie, Crispies--> Rice crispies --> Chocolat --> donut au chocolat --> donut: Simpsons... Moi aussi, je peux faire la méthode Agatha.

Macdonald --> Macdo --> Mac chicken --> poulet --> policier --> menottes --> Romain Puértolas --> Epouse-moi. (CQFD... cette méthode fonctionne et montre bien que je finirai ma vie avec mon écrivain chéri.)

Excessive, moi? Excès--> sexe, drogues, alcool --> overdose -->  mort --> fin de l'article. Bah voilà CQFD2.