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Autant dire que si j'ai acheté ce livre, c'est pour le titre... Ironiquement, j'ai pensé: "toutes les familles sont psychotiques... Surtout la mienne..." Grâce au roman de Douglas Coupland, on relativise assez finalement les psychologies difficiles à comprendre dans nos sphères familiales. Si vous pensez que vous appartenez à une famille étrange, d'hurluberlus déjantés, lisez ce roman et vous vous apercevrez que votre famille est bien ordinaire...

"C'est une bonne chose d'avoir une famille, Wade.
- Tu devrais voir la mienne avnt de dire ce genre de truc. On est tous plus cinglés les uns que les autres.
- Mais toutes les familles sont psychotiques, Wade. Et tout le monde a plus ou moins la même famille, juste reconfigurée un peu différemment suivant les cas."

Janet Drummond a été mariée à Ted. Ils ont eu trois enfants: Wade, Bryan et Sarah. Sarah est une jeune astronaute qui est née avec une seule main; cette "malformation" est due à une ingestion de thalidomide de Janet pendant sa grossesse. Sarah vit en couple avec Howie, un gentil toutou, un Monsieur Propre, un gendre idéal, un mari idéal... Sauf qu'il la trompe avec la femme du commandant de Sarah. Commandant dont elle est secrètement amoureuse. Quant à Wade... il a fait de nombreux séjours en taule. Il est un peu violent. Dès le début du roman, il sort d'une garde à vue car il a tabassé un type qui avait insulté Dieu. Wade est en couple avec une ancienne toxico et ils attendent un bébé -non par fécondation naturelle car Wade porte le virus du sida. Avant de faire la connaissance de Beth, Wade a rencontré une jeune femme qui s'est avérée en fait la nouvelle femme de son père, Ted. Enfin, dernier olibrius de la famille et non des moindres: Bryan, un dépressif qui passe sa vie sous calmants et sédatifs. Il est en couple avec une fille complètement à l'ouest, absolument barge: Shw. Shw est enceinte mais veut vendre son bébé pour se faire de l'argent mais elle dit à Bryan qu'elle va se faire avorter pour ne pas avoir à partager le magot. Il veut ce bébé alors il pète un câble. Pas longtemps car les anti-dépresseurs le calment vite fait.

Grosso modo voici la famille.

"Bryan, tu as essayé de te foutre en l'air - trois fois, c'est ça?-, mais tu n'y es jamais arrivé. Est-ce que tu es certain que c'est vraiment ce que tu cherches.
- Wade! Ce n'est pas la peine de lui remettre ce genre d'idées en tête..."

Dans Toutes les familles sont psychotiques de Coupland, on voit chacun des membres de cette famille déjantée vivre, réagir, partir dans des aventures toutes plus saugrenues les unes que les autres. Ce livre m'a un peu fait penser à Little Miss Sunshine en plus cruel mais les batailles familiales et les quelques rixes m'ont vraiment rappelé ce film génialissime.

LITTLE MISS SUNSHINE (2006) (Bande-annonce VOSTF)

Ce roman est une sorte de very-bad-road-trip. Ils sont toujours sur la route, se retrouvent parfois par les plus grands des hasards et s'embarquent les uns les autres dans leurs péripéties. Personne n'est jamais seul dans la mouise. Chaque membre essaie de s'extirper de la fange dans laquelle il est tombé en se raccrochant à un autre membre... mais ils coulent fatalement car aucun n'a vraiment de courage d'affronter ses actes. Ils vont de missions mafieuses abracadabrantesques en mésaventures désopilantes. Outre le voyage spatial dans lequel ils nous emmènent, on au aussi un voyage temporel car pour expliquer comment ils en sont arrivés là, on a quelques analepses qui viennent éclairer le présent. On a donc un voyage total, en somme.

C'est drôle, c'est farfelu, c'est très cynique mais c'est surtout pleinement humain. Avec ces personnages, on n'est ,ni dans le terrible pathos ni dans la distance froide. Ce ne sont pas des personnages très sympathiques par essence mais ils ne sont pas antipathiques; ils sont parfois cruels et parfois touchants. Ils sont tout connement humains. Ils sont tout bonnement des reflets de nous-mêmes. Bien sûr que Coupland grossit les traits, bien sûr qu'il exagère mais c'est grâce à ses excès qu'il réussit à la perfection à toucher là où ça fait mal. Les piques que les uns et les autres se lancent sont tellement drôles; Les personnages de Coupland n'ont aucun filtre et leurs diarrhées verbales ainsi que leur communication directe font du bien. Ils font ce que notre surmoi nous empêche de faire. Alors que nous autres sommes dans la retenue, alors que nos idées brutes  passent dans un rouleau compresseur pour être formulées d'une façon hyper policée ou alors jetées directement avant qu'elles n'arrivent à notre bouche, les personnages de ce roman, eux, ne passent pas par l'étape intermédiaire. Dès lors que l'idée est pensée, elle est dite. Le chemin cerveau-bouche est quasi immédiat et cela... C'est jouissif! Comme lorsque Wade dit à son père qu'il est un "trou du cul"... En plus d'être réjouissant, c'est comme qui dirait cathartique. J'aimerais tellement dire ça à mon père parfois mais ma bonne éducation maternelle et le respect que j'ai pour mes parents m'en empêchent mais... bref...Je l'ai fait par procuration, grâce à Wade... et ce sans que mon père ne le sache...

"Shw se figea. Elle riva son regard à celui de Ted. "Vous êtes tout juste bon à se torcher le cul. Je ne croyais pas tout ce que m'a raconté Bryan, mais maintenant je le crois. Vous êtes une merde Ted Drummond. Et vous avez tellement foutu votre famille en l'air qu'elle ne se remettra jamais. Vous pouvez être fier de vous."

 

punk_blondeJ'ai adoré Toutes les familles sont psychotiques de Coupland car j'ai passé un bon moment de lecture. J'ai ricané. J'ai aussi réfléchi. Ce n'est pas juste un roman divertissant pour se marrer mais bien un roman qui pointe les failles familiales. Il y a aussi de bons coups de pieds donnés aux clichés sur le VIH. Des pointes ironiques qui montrent que certaines idées concernant cette maladie ont la dent dure (le père qui refuse de toucher son fils car il a peur d'attraper le VIH; tous les idées incongrues et qui font encore rage notamment sur la transmission du sida par la salive...)

En fermant le livre, j'ai eu envie d'appeler les membres de ma famille pour leur dire: en fait, nous sommes "normaux" puisque nous sommes complètement barrés...Nous sommes plus névrosés que psychotiques, je crois.

La minute-référence: Outre Little miss sunshine, ce livre m'a fait penser à une chanson d'Olivia Ruiz

Olivia Ruiz-Therapie de groupe

 

lpb

Validation du challenge d'Enna avec ce roman

Ligne 5: Sphère familiale