Ceux qui connaissent mes penchants littéraires se diront: elle est stupide, ce duel est illogique, la raison d'être de cet article est complètement crétine. Elle met en concurrence l'auteur pour qui elle a un béguin littéraire sans nom -son obsession, son écrivain par excellence- avec une catégorie littéraire qu'elle n'affectionne pas, qu'elle n'a même pas sur ses étagères! Dans l'absolu, ce duel est complètement inutile, mais...dans un contexte exceptionnel, il peut être intéressant de voir qu'un esprit aussi rigide que celui de Blondie peut être beaucoup plus malléable...

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Dans le coin gauche, on a le dernier opus de mon adoré, de mon idole, de mon romancier Chéri: Et vous avez eu beau temps du merveilleux Philippe  Delerm.
Dans le coin droit, se trouvent quelques romans "Jeunesse": Everything everything de Nicola Yoon et Ne t'inquiète pas pour moi d'Alice Kuipers.

A gauche, on retrouve le style delermien tant adoré et tant évoqué ici, , ou encore à cet endroit. Le regard est toujours aussi amusant, amusé, couples-de-l-adolescence-mignons-32214360mélancolique. C'est toujours un peu pareil. Si Vincent dit que c'est "un peu décevant Deauville sans Trintignant", j'affirme que ce livre est un peu décevant car trop delermien en somme. Un style malgré tout très agréable à lire, avec un vocabulaire de haute voltige, de magnifiques métaphores mais je suis restée sur ma faim.

A droite, nous avons des romans adolescents dont je me méfie toujours un peu. Les deux romans tournent autour de la maladie: dans Everything everything, c'est l'ado qui est malade et dans le roman d'Alice Kuipers, c'est la mère qui est atteinte d'un cancer. Si dans le roman de Nicola Yoon, on a un mélange de styles: narrations, échanges mailiques, dans Ne t'inquiète pas pour moi, le roman repose sur un échange quasi épistolaire. Ce sont davantage des mots, des missives, des post-it , des "sms matérialisés" pourrait-on dire entre la mère et la fille. Parfois l'échange est très pragmatiqe (liste de courses), d'autres fois,  il est plus "sentimental". Je n'ai pas été touchée plus que cela parce que je ne suis pas la cible. Dans Everything everything, il est vraiment question de tout ce qui concerne le monde adolescent, les premiers émois, les premières sensations, le rapport conflictuel entre une mère hyper-protectrice et une jeune fille qui meurt d'envie de découvrir le monde, d'expérimenter la vie... Et tout cela ne me parle plus; cela aurait pu me plaire il y a...(n'ayons pas peur des nombres) 15/20 ans (là, je pleure sur ma prime jeunesse perdue)... A 33, j'y suis hermétique; absolument hermétique. Concernant le roman d'Alice Kuipers, c'est un peu différent. Même si on retrouve les mêmes lubies adolescentes, les mêmes soucis du quotidien, il y a une réflexion un peu plus profonde sur les conséquences de la maladie sur les membres d'une famille. On reste encore, côté style, à un niveau peu avancé mais tout à fait abordable pour les adolescents et c'est ce qui compte. C'est simple, c'est sans fioritures, ça capte l'attention de nos jeunes esprits en herbe et c'est super. GROS GROS HIC sur la traduction du roman d'Alice Kuipers... De nombreuses erreurs de conjugaison et de grammaire sont observables. Ce ne sont pas des coquilles mais bien des erreurs récurrentes. Il faut Madame la traductrice, revoir l'impératif. Le titre ne comporte pas la faute mais le texte oui. Ne t'inquiètes... (j'ai les yeux qui saignent). Si j'avais écrit cet article à17ans (et j'aimais déjà Delerm à ce point), j'aurais rendu le duo Kuipers-Yoon gagnant. Nous sommes en 2018, et c'est mon moi de 33 ans 32 et 10 mois et demi qui tranche:

Philippe Delerm remporte ma partie avec son livre Et vous avez eu beau temps?

Philou est joueur et remet son titre en jeu. Je me vois donc dans l'obligation de le remettre dans son coin gauche, et de lui attribuer comme adversaires, à droite:  Le Labyrinthe de Dashner et La danse interdite de Rachel Hausfater-Douïeb.

labyrinthe-de-livre-45650272Dans Et vous avez eu beau temps, il y a toujours les fulgurances verbales tant attendues et si Delermiennes tellement adorées. Cependant, ce sont de réelles fulgurances: aussitôt lues, aussitôt oubliées car ces phrases-là, je les ai milles fois vues et milles fois reconnues. Ce sont des textes panachés qui me laissent mi-figue mi-raisin car ce livre est du déjà-lu, M'sieur Delerm. Mon désappointement a été sans nom lorsque j'ai refermé le livre. J'espère que le prochain sera meilleur et me surprendra davantage. Peut-être que si cela avait été mon premier, mon deuxième ou encore mon troisième Delerm, je l'aurais adoré, j'aurais crié au génie, à la magnificence... Arrivée à ce point d'adoration et de connaissance de la bibliographie Delermienne, je reste en suspens, attendant en vain l'étincelle magique qui ne viendra pas.

A droite, nous avons un roman de science-fiction (aïe, c'est le genre face auquel je suis impassible), Le labyrinthe de Dashner. Roman jeunesse, vraiment? Ok, les personnages sont des adolescents qui parlent comme des ados mais est-ce pour autant qu'il faille l'estampiller "littérature jeunesse", je ne suis pas sûre. L'histoire est étrange, tout est mystérieux. Des ados se retrouvent bloqués dans une micro-société qu'ils ont construite pour survivre....aux Piqueurs, au labyrinthe qui se referme et dont ils cherchent en vain la sortie. Il y a tout un vocabulaire spécifique à cet univers et on s'y fait, on l'apprend au fur et à mesure que notre héros Thomas s'initie aux expériences de ce monde. Au début, j'étais réticente, et je me suis prise au jeu, à l'histoire. J'avais l'impression d'être dans un jeu vidéo, c'était vraiment étonnant. Je n'ai lu que le premier tome et j'ai très envie de m'enfiler la trilogie. A côté de ce Labyrinthe, se trouve une pépite: La danse interdite. Là, c'est pareil, la notification " niveau de lecture 3ème et plus" et l'illustration très ado brouillent les pistes. On croit lire un roman au style aussi simple que l'histoire mais, en réalité, l'écriture est fluide, métaphorique, symbolique. Et l'étincelle delermienne que je n'ai pas retrouvée chez Philippe, m'est venue ici en pleine lecture du court roman de Rachel  Hausfater-Douïeb. Ce récit traite de l'exil d'une jeune juive polonaise aux Etats-Unis parce qu'elle avait eu une relation avec un jeune homme. Aux Etats-Unis, elle accouche d'un petit Adam. Le temps passe et elle veut faire revenir sa mère aux Etats-Unis et revoir son amour perdu. Quand elle revient... la face du monde a changé, la guerre a éclaté. Et elle raconte. Et c'est beau. C'est bien mené. C'est brillamment écrit.

C'est sans appel...

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La littérature jeunesse aura mis une bonne raclée à mon Philou d'amour.

 

 

Et vous avez eu beau temps?, M'sieur Delerm...

"Une sensation de chaud au début, quelques étoiles ont tourné au-dessus de ma tête, un constat glaçant au final: je me suis fait laminer en beauté. J'ai glissé, j'ai dérapé avec ce livre de trop." 

Pour ce duel au sommet: Match nul.

J'attends le prochain opus de Philippe Delerm pour le remettre sur un ring.... Affaire à suivre!

liresousAu fait... Le livre de Philippe Delerm me permet de valider le challenge d'un autre Philippe: Lire sous la contrainte: le titre doit contenir le son [é].

ET vous avez-eu beau temps? (je fais coup double). Cette contrainte me fait marrer, car j'avais expliqué sur ce blog, mes problèmes avec les [é] et les [è].